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Peurs sur la ville à Paris

L’exposition « Peurs sur la ville, photographies historiques, réelles et imaginaires » à la Monnaie de Paris propose une réflexion sur la violence urbaine à Paris.
Conçue sous la direction de Max Gallo, de l’Académie française et d’Olivier Royant, directeur de la rédaction de Paris Match, « Peurs sur la ville » confronte des images chocs du photojournalisme à des photos fiction de Michael Wolf (série Paris Street View ) et de Patrick Chauvel (photomontages). L’ensemble est commenté par Göksin Sipahioglu, fondateur de l’agence SIPA, et par le grand photographe James Nachtwey.

Au-delà d’un plaidoyer à la gloire des reporters de guerre, s’ouvre la discussion philosophique sur la réalité et la manipulation des images. Certaines œuvres présentées maquillent des images de combats pour les transplanter à Paris et nous confronter à la réalité des conflits. Par un curieux effet de boomerang, ce sont les vraies photos shootées sur le terrain qui, à force de matraquage médiatique, se révèlent au mieux esthétiques, au pire banalisées.

Première image choc : un attentat à la voiture piégée et son spectacle de la désolation au quotidien. Est-ce Bagdad ? Non, c’est au 33 rue Marbeuf en avril 1982. « Ces photos de Paris Match hurlent : cela a eu lieu ici, Paris a été un champ de bataille », écrit Max Gallo.
Mais sur une autre photo, un manifestant bombarde les policiers le 6 mai 1968, exécutant un curieux pas de danse dans un costume blanc. Il ressemble presque à l’un des personnages capté sur le vif en apesanteur dans un supermarché par Denis Darzacq.

Mais où est la vraie violence ? Le « rapporteur » de guerre devrait-il devenir reporter d’accident de la route ? Sachant que la route tue plus aujourd’hui que toutes les guerres réunies. Signe des temps confirmé par la série Paris Street View de Michael Wolf. Le lauréat à deux reprises du World Press Award a sélectionné des «photos volées » par les caméras sur satellite de Google. Ainsi, le comportement agressif d’un conducteur est filmé à son insu. « Les photographies de Michael Wolf portent en elles les signes d’une nouvelle forme de violence urbaine dans laquelle l’objectif devient de plus en plus intrusif », souligne Guillaume Foucher, directeur de la Galerie Particulière.

Un dernier pas à franchir dans la course à la fiction : celui de Patrick Chauvel, prix World Press, témoin dans ses photoreportages de toutes les hostilités planétaires depuis 40 ans.  En un photomontage, il explose la Tour Montparnasse. A Paris ou à New-York, le symbole est terriblement similaire, et crédible… comme tout spectacle. Puis en plantant un char devant l’arc de Triomphe, il rêve « son » défilé du 14 juillet. « Patrick a eu cette idée formidable : amener la guerre à Paris ». Cette phrase de Göksin Sipahioglu fait froid dans le dos. Dénonciation ou complaisance ? A trop côtoyer l’horreur, le photoreporter en deviendrait-il accro ? Dépendance des médias à l’actualité catastrophe ? Selon les propres mots de James Nachtwey, « les photographes enregistrent l’histoire et participent à en changer le cours ». Est-ce toujours dans le bon sens ?

« Peurs sur la ville, photographies historiques, réelles et imaginaires », jusqu’au 17 avril 2011 , Monnaie de Paris ,11, quai de Conti, 75006 Paris.
www.monnaiedeparis.fr
Jean-Paul Bath
25/01/2011
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