Cinéma
Couronné à Cannes du Prix de la mise en scène, le quatrième long métrage de Mathieu Amalric « Tournée » nous embarque dans l’univers du new burlesque. Etonnant.
LE COUP DE COEUR
« Tournée »
Couronné à Cannes du Prix de la mise en scène, le 4ème long métrage de Mathieu Amalric « Tournée » nous embarque dans l’univers du new burlesque. Etonnant.
Il y a quelque chose de Fellinien chez elles. Des corps aux formes plus que généreuses, un maquillage outrancier mais jamais vulgaire, des tatouages suggestifs et une langueur sensuelle. Ces femmes si singulières sont les actrices de « Tournée » de Mathieu Amalric. L'histoire ? Celle de Joachim Zand (Amalric), producteur exilé aux Etats-Unis qui rentre en France avec une troupe de strip-teaseuses américaines du new burlesque. Ce mouvement enraciné dans la tradition du music-hall revisite l'image des pin-up
des années 50 dans des shows où fantaisie et sensualité riment avec provocation et drôlerie. Du Havre à La Rochelle, on suit cette joyeuse troupe d'effeuilleuses (qui jouent leur propre rôle) sensibles, enjouées et désespérément seules. Des hôtels sans âme aux spectacles colorés et explosifs, Mathieu Amalric magnifie les corps, saisit au plus près les âmes, tandis que le passé de Joachim ressurgit avec violence. Terriblement émouvant.
« Tournée », de Mathieu Amalric, sortie le 30 juin
LE DRAME
« Un ange à la mer »
Avec « Un ange à la mer », Frédéric Dumont signe un premier film bouleversant. L’acteur Olivier Gourmet y est remarquable.
« Un ange à la mer » fait partie de ces films qui vous bouleversent et vous marquent longtemps après avoir quitté la salle obscure. Sans doute parce que dès qu’il s’agit d’enfants, l’émotion est plus vive. Décuplée. Louis, douze ans, vit avec son frère et ses parents (Anne Consigny et Olivier Gourmet) au Maroc. Son père souffre. Il est maniaco-dépressif, refuse de se soigner et reste terré dans sa chambre. Volets clos. Jusqu’au jour où il révèle à Louis un terrible secret. Un secret bien trop lourd pour cet être si fragile. Mais Louis ne dira
rien, il l’a promis. Le malaise grandit. Et le spectateur assiste impuissant à la chute de l’enfant. Au fil des séquences, la lumière si vive du paysage marocain s’assombrit, les cadres se rétrécissent pour s’attarder sur le monde toujours plus obscur de Louis. S’inspirant de sa propre vie, le cinéaste belge Frédéric Dumont signe un premier long métrage d’une force rare servi par un Olivier Gourmet juste et épatant.
« Un ange à la mer », de Frédéric Dumont, sortie le 30 juin
LE THRILLER
« La disparition d'Alice Creed »
Un thriller psychologique rondement mené par J Blakeson qui signe son premier film. Gemma Arterton y incarne Alice Creed avec brio.
La première scène du film est d'une efficacité redoutable. Un kidnapping dans un quartier huppé en Angleterre. Pas un mot, pas une parole. La victime, Alice Creed, est incarnée avec brio par Gemma Arterton (sublime James Bond girl de « Quantum of Solace »). Les scènes suivantes se déroulent dans un appartement : le huis clos s'installe entre les deux bourreaux et cette jeune femme énigmatique. Avec ce premier film, le réalisateur J Blakeson réussit à mettre en place
une tension grâce à un montage nerveux et efficace. Si l'on regrette quelques rebondissements peu crédibles et un peu trop nombreux, la mécanique fonctionne et le suspens est au rendez-vous. Un thriller psychologique sombre plutôt bien construit qui, s'il comporte quelques faiblesses, laisse entrevoir le talent d'un réalisateur à suivre.
« La disparition d'Alice Creed », de J Blakeson, sortie le 30 juin
Isabelle Courty
30/06/2010