Sélection cinéma
Quinze ans après Elisa, Gérard Depardieu retrouve Jean Becker pour une jolie fable profondément humaine. A ses côtés une Gisèle Casadesus aussi touchante que convaincante.
LE COUP DE COEUR
"La Tête en friche"
Quinze ans après Elisa, Gérard Depardieu retrouve Jean Becker pour une fable profondément humaine. A ses côtés, Gisèle Casadesus, touchante et convaincante.
C’est une histoire simple et humaine, comme on les aime. Comme les aime Jean-Becker. Comme il sait si bien les conter : la rencontre improbable entre Germain - la cinquantaine bedonnante presque analphabète - et Margueritte une vieille dame élégante, cultivée et passionnée de littérature qui va lui faire découvrir le plaisir des mots. Et l’aider à cultiver cette tête en friche. Une fois encore, Gérard Depardieu ( qu’il ne faut
absolument pas manquer dans Mamuth toujours en salles) excelle dans le rôle de cet homme à la fois candide, bourru et terriblement attachant. Rythmée par les dialogues signés Jean-Loup Dabadie, cette adaptation du livre éponyme de Marie-Sabine Roger allie avec une grâce infinie, drôlerie et sensibilité. Voilà un film qui fait du bien. Tout simplement.
La Tête en friche de Jean Becker. Sortie le 2 juin
PLUS CONFIDENTIEL
"Aisheen" (Chroniques de Gaza)
Trois semaines après l’offensive israélienne de 2008 sur Gaza, Nicolas Wadimoff a arpenté cette zone sinistrée. Vision vertigineuse d’une ville fantomatique.
« On s’attend à mourir n’importe où, n’importe quand » lance un habitant de Gaza au milieu des décombres. Maisons détruites, centres de distribution alimentaire au bord de l’explosion, traumatismes... Et pourtant la vie continue à Gaza : « Aisheen » en arabe signifie « toujours vivant ». A l’école les enfants parviennent à rire des pitreries des clowns tandis que le groupe de rap Drag Team semble plus inspiré que jamais. Mais le ressentiment enfle : « Si l’on n’est pas éduqués
on sera des martyrs » assure un adolescent qui aurait rêvé de devenir médecin. Monté sans commentaire, Aisheen est un film percutant qui tente de dépasser toute prise de position. Une suite de chroniques qui saisit sur le vif l’absurde d’une situation et l’avenir plus qu’incertain d’une population.
Aisheen (Chroniques de Gaza), de Nicolas Wadimoff. Sortie le 26 mai
LE BLOCKBUSTER BOLLYWOODIEN
"My name is Khan"
A travers un couple indien vivant aux USA, Karan Johar aborde le malaise qui pèse sur les étrangers soupçonnés, après le 11 septembre, d’être des terroristes.
On ne peut s’empêcher de penser à Rain Man ou à Forrest Gump. Version Bollywood ! Musulman indien vivant aux Etats Unis, Rizvan Khan souffre d’une forme d’autisme et a trouvé le bonheur auprès de Mandira. Mais les attentats du 11 septembre et la paranoïa antislamiste ambiante viennent ébranler l’existence de cette famille sans histoire. Après le meurtre raciste de leur fils, Rizvan n’a qu’une obsession : rencontrer le Président Obama et lui clamer : « Je m’appelle Khan et je ne suis pas un terroriste ». Inutile de résister : malgré
l’excès de bons sentiments, la musique larmoyante, les ralentis, les scènes improbables ( le cyclone Katrina !) on se laisse littéralement emporter par le film de Karan Johar. L’interprétation de Shah Rukh Khan ( star incontournable du cinéma indien ) est impeccable et le réalisateur de dénoncer avec justesse la stigmatisation des musulmans depuis le 11 septembre. Et bonne nouvelle, on échappe aux chorégraphies habituellement indissociables du genre !
My name is Khan, Karan Johar. Sortie le 26 mai
Isabelle Courty
13/06/2010