Cinéma
Manoel de Oliveira nous entraîne dans une fable entre rêve et réalité et nous plonge dans un univers onirique des plus captivants.
LE COUP DE COEUR
« L’étrange affaire Angelica »
Manoel de Oliveira nous entraîne dans une fable entre rêve et réalité et nous plonge dans un univers onirique des plus captivants.
Dans les années 50, un photographe est appelé en pleine nuit pour photographier une jeune femme morte soudainement après son mariage. A peine pose-t-il son œil dans le viseur que la jeune fille à la beauté angélique lui sourit. Après cette nuit, la belle n’en finira pas de hanter sa vie et ses rêves...
A 102 ans, Manuel de Oliveira, le doyen du cinéma, prouve encore sa capacité à nous surprendre et à nous captiver. Comme souvent, la caméra du cinéaste portugais navigue avec grâce entre le monde des morts et celui des vivants pour
composer un univers fantasmagorique très singulier. Les effets spéciaux plus proches de Méliès que de James Cameron donnent un côté délicieusement suranné à ce film unanimement plébiscité lors du dernier festival de Cannes. Réflexion sur l’art, sur la vie et sur le travail (quand il filme les paysans du Douro), cette étrange affaire se révèle être un véritable enchantement.
« L’étrange affaire Angelica » de Manoel de Oliveira
Sortie le 16 mars
I.C.
LE FILM ENGAGE
« Ma part du gâteau »
Cédric Klapisch s’attaque au monde la finance mais ne parvient pas, malgré l’incroyable présence de Karin Viard à convaincre totalement.
Avec ce film engagé sur les conséquences de la spéculation boursière sur le monde ouvrier, Cédric Klapisch ne manquera pas de diviser. Si le cinéaste lorgne clairement vers Ken Loach, qu’il réussit à camper des personnages attachants et à offrir d’excellentes scènes, il ne parvient pas à dépasser un certain manichéisme. L’histoire ? La rencontre entre France (Karin Viard), une ouvrière licenciée de son usine de Dunkerque et Steve (Gilles Lelouch), un trader parisien obnubilé par le profit et enfermé dans sa tour d’ivoire. Embauchée comme femme
de ménage, France découvre cet univers radicalement différent du sien... Drôle, émouvante, Karin Viard est dotée d’une incroyable énergie et apparaît comme le meilleur atout du film. A ses côtés, Gilles Lelouch incarne aussi avec brio son personnage : odieux, cynique et sûr de lui. Dommage que l’ensemble flirte un peu trop avec la caricature et que la fin (certes inattendue) laisse dubitatif...
« Ma part du gâteau » de Cédric Klapisch
Sortie le 16 mars
I.C.
LE THRILLER MILITANT
« Route Irish »
Après « Looking for Eric », Ken Loach revient au cinéma pour donner son
point de vue de réalisateur militant sur la guerre en Irak.
Avec « Route Irish » (route la plus dangereuse de Bagdad), Ken Loach étudie la guerre en Irak vue de l’Irlande. A mi-chemin entre le sentimentalisme de
« Brothers » (Jim Sheridan) et l’enquête haletante de « Green Zone » (Paul Greengrass), « Route
Irish » suit l’investigation d’un ancien agent du SAS, Fergus, bien décidé à retrouver les responsables du décès de son ami d’enfance, Frankie, mort en Irak. Sous le feu des balles ennemies ? Suite à une erreur du gouvernement ? Fergus est prêt à tout, même à torturer son prochain, pour le découvrir.
S’en suit une enquête, truffée de longueurs et se perdant trop souvent sur le propos initial. On ne sait pas si Ken Loach veut passer un message sur la condition des militaires en Irak et leurs séquelles psychologiques à leur retour au pays, ou dénoncer la privatisation de la guerre. Le scénario opaque, bien qu’écrit par Paul Laverty déjà responsable de
« Le vent se lève », n’apporte aucune originalité à un sujet déjà trop éculé au cinéma. Dommage.
« Route Irish » de Ken Loach. Sortie le 16 mars.
M.A.G.
Isabelle Courty, Marie-Aurélie Graff
16/03/2011