Cinéma
Prix du jury à Cannes, « Un homme qui crie » nous entraîne au Tchad et s’attarde sur une complexe relation père-fils.
LE COUP DE COEUR
« Un homme qui crie »
Prix du jury à Cannes, « Un homme qui crie » nous entraîne au Tchad et s’attarde sur une complexe relation père fils.
Cet homme ne crie que dans le titre. Adam est au contraire un homme de peu de mots qui jusqu’au bout ne dira rien de sa souffrance et de sa douleur intérieure. Maître nageur dans un hôtel de luxe à N’Djamena, la soixantaine passée, il se voit remplacé par son fils Abdel. N’acceptant pas cette situation, Adam livre son fils à l’armée espérant ainsi récupérer sa place. Mais la guerre civile fait rage et Adam ne cessera de regretter son geste. Film sublime aux accents bibliques, « Un homme qui crie » raconte la douleur d’un père qui cherche
la rédemption. Se dessinent en creux les portraits d’un pays et d’une population ravagés par les guerres successives et soumis aux affres de la mondialisation. Mahamat-Saleh Haroun (« Bye Bye Africa », « Daratt saison sèche ») filme avec retenue et choisit de laisser sa caméra à une certaine distance. Pourtant l’émotion est là, palpable tout au long du film, notamment lors de cette scène où la compagne d’Adam entonne un chant africain. Le film avance avec une certaine lenteur au rythme des angoisses de ce père qui perd pied. Magnifique.
« Un homme qui crie » de Mahamat-Saleh Haroun
Sortie le 29 septembre
LE THRILLER FINANCIER
« Wall Street l’argent ne dort jamais »
Vingt trois ans après « Wall Street », Michael Douglas reprend le rôle de Gordon Gekko et Oliver Stone nous plonge dans le monde impitoyable de la finance.
Gordon Gekko le retour. Après avoir purgé huit ans de prison pour fraude boursière, le gourou de la finance revient à New York. Sa devise n’a pas changé : « Greed is good » (l’avidité c’est bien), thème central des conférences qu’il donne devant des assemblées de jeunes traders captivés. Il retrouvera sa place - mais à quel prix ! - parmi les grands magnats de la bourse aux côté d’un trader (Shia Labeouf bien transparent aux côtés de Douglas), petit ami de sa fille par ailleurs. Oliver Stone nous plonge dans les arcanes et les
prémices de la crise de 2008. On parvient (presque...) à tout comprendre de cette nébuleuse et l’on est surtout bluffé par Michael Douglas génial manipulateur, cynique et capable du pire. A coup de plans sublimes sur la Grosse Pomme, d’effets graphiques étourdissants et d’une bande son détonante, Stone n’épargne rien ni personne. Si nous préférons sur ce même sujet « Cleveland contre Wall Street » de Jean-Stéphane Bron, les amateurs du genre, eux, ne seront pas déçus.
« Wall Street, l’argent ne dort jamais » d’Oliver Stone
Sortie le 29 septembre
PLUS CONFIDENTIEL
« Sans queue ni tête »
Isabelle Huppert en prostituée veut changer de vie. Jeanne Labrune signe un film touchant et non dénué d’humour.
Alice (Isabelle Huppert) vend son corps, Xavier (Bouli Lanners) soigne les âmes. Elle est lasse de cette vie, de ses clients et de leurs fantasmes extragavants. Il est las d’écouter les fêlures de ses patients, de fréquenter son milieu bourgeois cynique et étouffant. Une vie sans queue ni tête ? Alice décide d’entamer une psychanalyse et Xavier, dont le couple bat de l’aile, de faire appel à une profesionnelle du sexe. Leur rencontre sera-t-elle le point départ d’une nouvelle existence ? Jeanne Labrune (« C’est le bouquet ») suit ces deux êtres à l’âme sombre et au bord du gouffre, dont le
quotidien est parfois pimenté de scènes très drôles. La réalisatrice s’interroge sur notre rapport au travail et le fait de trouver des concordances entre prostitution et psychanalyse, est plutôt bien vu. Dommage que le rythme perde de son intensité à la longue.Qu’importe. Il faut voir Huppert, parfaite comme à son habitude, dans le rôle d’une femme sur le fil et Bouli Lanners (« Mammuth », « Blanc comme neige »), en psy plus déprimé que ses patients.
« Sans queue ni tête » de Jeanne Labrune
Sortie le 29 septembre
Isabelle Courty
29/09/2010