Cinéma
Dans "Hors-la-loi", Rachid Bouchared a réuni le même casting que pour « Indigènes » (Jamel Debbouze, Roschdy Zem, Sami Bouajila), et signe cette fois, un film sur la guerre d’Algérie.
LE COUP DE COEUR
« Hors-la-loi »
Rachid Bouchared a réuni le même casting que pour « Indigènes » (Jamel Debbouze, Roschdy Zem, Sami Bouajila), et signe cette fois, un film sur la guerre d’Algérie.
Avant même d’être projeté à Cannes, « Hors-la-loi » avait créé la polémique. Accusé de « négationnisme » et de « manichéisme », Rachid Bouchared avait enflammé la croisette. En visionnant le film, on s’étonne d’un tel remue-ménage. « Hors-la-loi » raconte avant tout le destin de trois frères algériens qui quittent leur pays et se retrouvent dans le bidonville de Nanterre. Deux d’entre eux - Abdelkader (Sami Bouajila) et Messaoud (Roschdy Zem) - militent sans relâche
pour l’indépendance du pays tandis que le troisième, Saïd (Jamel Debouzze), fait fortune à Pigalle... Porté par le trio d’"Indigènes", toujours aussi convaincant, ce film est une réussite, tant par sa mise en scène que par sa photographie. Il montre surtout à quel point il est délicat aujourd’hui encore d’aborder la guerre d’Algérie.
« Hors-la-loi » de Rachid Bouchareb
Sortie le 22 septembre
LE DRAME PASSIONNEL
« Amore»
Illuminé par la présence de Tilda Swinton, le film du réalisateur italien Luca Guadagnino raconte la passion amoureuse.
Luca Guadagnino aime filmer Tilda Swinton. Et cela se voit. En 2002, il lui avait déjà consacré un moyen métrage, levant une part du voile sur l’une des beautés les plus énigmatiques du cinéma. Il la filme ici avec une extrême attention et lui confie dans « Amore » le rôle d’Emma, épouse d'origine russe, de l'héritier d'un immense empire industriel milanais. Comment trouver sa place au sein de cette grande famille bourgeoise? Comment ne pas être écrasée par le poids des conventions sociales? Comment échapper à l’ennui ? Lorsqu’elle rencontre Antonio, un ami de son fils,
l’épouse modèle plonge corps et âme dans une passion amoureuse à la fois libératrice et dévastatrice... Très esthétique dans sa forme, truffé d’images extrêmement léchées, « Amore » dessine en creux le portrait sensible, séduisant et lumineux d’une femme qui revient à la vie. La musique signée du compositeur John Adams traduit avec intensité les pulsations de ce coeur en vrille. Quant aux nombreux plans amples et majestueux de Milan ou San Remo, ils donnent juste envie de se carapater en Italie...
« Amore » de Luca Guadagnino
Sortie le 15 septembre
LE FILM POLÉMIQUE
« Homme au bain »
Après « Les chansons d’amour », Christophe Honoré déconcerte avec un film dont le premier rôle est tenu par François Sagat, acteur de films pornos gay.
Les adeptes de Christophe Honoré risquent d’être un peu déstabilisés par son dernier long métrage. Le réalisateur de « Les Chansons d’amour », « Dans Paris », « Non ma fille tu n’iras pas danser » signe avec « Homme au bain » une oeuvre un peu à part, crue et provocatrice. L’histoire d’une rupture douloureuse entre Omar (Omar Ben Sellem) et Emmanuel (incarné par François Sagat, acteur de films pornographiques gay). Le premier s’envole pour New York - aux côtés de Chiara Mastroianni - et rencontre un jeune garçon, objet de tous ses fantasmes. Le second, rongé par la peine, reste dans son appartement de Gennevilliers et trouve dans le sexe et la multiplication des partenaires une
sorte d’exutoire à sa souffrance. Malgré le peu de dialogue et les scènes de sexe très présentes, on est touché par Emmanuel, personnage tout en contradiction, coincé dans ce corps imposant, viril et bodybuildé. Une âme fragile, en vrac, pétrie de doutes et de tristesse. Plus que jamais attentif aux corps masculins, Christophe Honoré les saisit de manière assez crue et directe offrant un film qui ne manquera pas de décontenancer le spectateur.
« Homme au bain » de Christophe Honoré
Sortie le 22 septembre
Isabelle Courty
22/09/2010