Le tour du monde de Di Rosa
En Provence, Hervé Di Rosa rend compte de ses vagabondages artistiques. La rétrospective « Détours du monde » dévoile un parcours foisonnant de diversité empreint d’exubérance.
Noël, toile,
Hervé Di Rosa, 2008-2009
© Courtesy Galerie Louis&Cie
Robot tête tube,
Hervé Di Rosa, 2008,
Courtesy Galerie Louis&Cie
Amoureux et mariachis,
Série Mexique,
Hervé Di Rosa, 2002,
Courtesy Galerie Louis&Cie
Robot japonais,
Hervé Di Rosa, 2008,
Courtesy Galerie Louis&Cie
Robot scarifié,
Hervé Di Rosa, 2008,
Courtesy Galerie Louis&Cie
© Courtesy Galerie Louis&Cie
Au début des années 1980, Hervé Di Rosa apparaît comme le fer de lance de la Figuration Libre, cette nouvelle tendance de la peinture française marquée par l’imagerie publicitaire, la bédé, les décors de flippers, la culture rock… L’artiste entreprend dès les années 1990 un tour du monde pour promouvoir un métissage artistique liant les techniques locales à ses visions propres. Cette entreprise odysséenne qui le fait bourlinguer sur tous les continents l’amène à nous offrir des « surproduits » qui sont de lui mais naissent ailleurs.
Dans le hall du Centre d’art, d’immenses robots réalisés au Cameroun mais « made in Di Rosa » nous accueillent. L’artiste a adapté son monde à celui des artisans pour réaliser de vraies sculptures africaines. Ces nouveaux fétiches en bois recouverts de laiton annoncent l’immense frise de panneaux sculptés du combat des Bamouns contre les robots. Des bronzes mêlent l’authentique artisanat ancestral à son iconographie futuriste. Un film didactique et passionnant montre Di Rosa en train de diriger les artisans : dans la forêt pour choisir et débiter un tronc de baobab, chez les bronziers pour préparer ses alliages…
Une grande bâche multicolore réalisée au Mexique illustre le travail de Di Rosa avec les « rotulistas », les peintres de lettres et d’affiches. Influencé par la richesse décorative des chœurs des églises baroques, il a composé pour ses dessins des cadres délirants en alliage d’aluminium. En hommage à Haïti, il montre pour la première fois ses « Vaudou Flags », de grands drapeaux de perles chatoyants, qui reprennent son iconographie faite de fonds sous-marins, de papillons, de fleurs et de personnages rigolos.
Au premier étage, des vitrines présentent des os de zébus gravés de ses super héros. On s’envole ensuite pour Miami avec des toiles laquées qui démontrent l’intérêt de Di Rosa pour l’architecture vernaculaire. De même, ses œuvres sur Paris valorisent des lieux de vie de tous les jours : le magasin Tati illuminé, un stade désert, des anonymes du boulevard Magenta… La belle série consacrée à Israël autour des thèmes du sable, de l’air et de l’eau s’attache à la poésie des lieux plus qu’à la politique.
Di Rosa, dans son entreprise de métissage des formes artistiques et par son éclectisme fascinant, résiste à l’uniformatisation de la globalisation. Il interroge aussi la notion d’original, d’influence et de copie en mettant en avant l’œuvre plus que la signature. L’atmosphère d’exubérance qui règne dans l’exposition libère toutes les couleurs du monde. Di Rosa, en usant des continents comme d’un vaste atelier, enrichit notre passeport mental de visas du monde entier.
« Hervé Di Rosa - Détours du monde 1998-2011 », jusqu’au 2 octobre 2011, Campredon Centre d’art, 84 L’Isle-sur-la-Sorgue
Renaud Faroux
21/07/2011