Diane Arbus : l’œil de l’Amérique 60’s

« Je crois vraiment qu’il y a des choses que personne ne verrait si je ne les photographiais pas ». Sans aucune fierté, Diane Arbus s’est exprimée ainsi, à mi-parcours de sa trop courte carrière. L’exposition qui lui est consacrée jusqu’au 5 février au Jeu de Paume ne peut que lui donner raison.
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Fille de bonne famille, Diane Arbus s’est mariée très jeune. A un homme - Allan Arbus - mais surtout à la photographie. Elle l’a découvert avec un 35 mm dans les années 50 et lui est restée fidèle jusqu’à son suicide en 1971. Dans ce court laps de temps, Diane Arbus n’a pas arrêté de shooter. Son terrain de prédilection ? New York. Ses modèles ? Ceux qu’on ne voit pas à cause leur banalité et ceux qu’on n’ose pas regarder dans les yeux : les marginaux, les nudistes, les freaks, les trisomiques, les transsexuels. Diane Arbus en a fait sa famille, elle a su capter en noir et blanc toute la normalité de leurs anormalités. Un paradoxe qui a ouvert les yeux à de nombreux journaux comme Esquire, Bazaar ou The London Sunday Times, et qui lui a entrouvert, à elle, les portes de la gloire.

Diane Arbus se lance alors sur les routes des Etats-Unis, le même objectif en bandoulière. « Je veux sauvegarder les cérémonies formidables de notre temps [...] car ce qui est cérémoniel et curieux et banal deviendra légendaire ». En résulte une série de clichés exposés au MOMA en 1967 où Diane Arbus partage l’affiche avec deux autres photographes. La gloire individuelle ne viendra qu’un an après sa mort, à la Biennale de Venise. Depuis, pas un photographe n’oublie de la citer dans ses inspirations et de nombreux musées dans le monde lui ont rendu hommage. Jusqu’au 5 février 2012, c’est au tour de la galerie du Jeu de Paume d’en faire autant, avec une rétrospective de plus de 200 portraits, dont 20 inédits.
 
Classés sans ordre chronologique ni thématique, on leur découvre pourtant une même intensité. Que ce soit cet homme en bigoudis, fumant sa cigarette, les ongles peints, le regard vide scotché à l’objectif, ou ce petit garçon grimaçant, les mains crispées, dont l’une tient une fausse grenade, choisi pour devenir l’affiche de l’exposition, tous les modèles de Diane Arbus sont mis en lumière sans fioritures. Des images brutes, choc (certaines sont même à déconseiller aux plus jeunes), érotiques, captées sur l’instant, sans trucage et qui résument très bien la philosophie de Diane Arbus : « une photographie est un secret sur un secret. Plus elle en dit et moins vous en savez ».
 
D’autres citations aussi bien pensées recouvrent les murs de deux salles regorgeant d’informations en tous genres - carnets de notes, agendas, photos - comme pour terminer ce voyage au cœur de l’Amérique marginale d’hier, sur une dernière touche ludique nous permettant d’en apprendre d’avantage sur la vie de Diane Arbus.  

Diane Arbus du 18 octobre 2011 au 5 février 2012
Jeu de Paume 1, place de la Concorde 75008 Paris

Marie-Aurélie Graff
27/10/2011
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