Henri Barande, le nouveau Van Gogh
Attention : chef d’œuvre ! Tension, équilibre, sens du mouvement et de l’espace, Henri Barande est une découverte comme on en voit une par décennie. Interview à l’occasion de son exposition aux Beaux-Arts de Paris.
Inconnu, créant en ermite depuis un demi-siècle, l’artiste français Henri Barande livre dans « Nice to be dead » à la scénographie coup de poing, des œuvres d’une maîtrise esthétique et technique inouïe, maniant habilement les paradoxes et la philosophie. Barande est une révélation : il n’a jamais exposé en France, il crée seul, hors des réseaux de l’art depuis plusieurs décennies.
Découvert tout récemment, puis porté aux nues par plusieurs grands journaux américains (ArtNews, Herald Tribune) et par Guy Jennings, vice-président de Sotheby’s, qui lui donne en 2000 carte blanche pour une exposition gigantesque à Zurich. Henri Barande est une sorte de Van Gogh du XXIe siècle. D’une voix calme mais assurée, il nous explique son cheminement si atypique.
Le directeur des Beaux-Arts, Henri-Claude Cousseau, écrit que votre œuvre interroge le système de l’art dans son entier. On aurait pu totalement passer à côté d’un chef d’œuvre !
Je travaille pour moi depuis l’âge de cinq ans. Je n’ai jamais imaginé devenir artiste, je pensais enfermer mes œuvres dans un tombeau qui serait ouvert dans plusieurs millénaires, laissant une trace toute personnelle, anonyme et mystérieuse, pour la postérité. Toutes les installations des artistes contemporains sont pour moi des tombeaux qui s’ignorent. Le plus important est de laisser apparaître le mystère. On passe notre temps à essayer de comprendre, mais tout est mystère métaphysique.
Vous refusez, dit-on, les propositions des plus grandes galeries ?
Le marché de l’art, où quelques rares initiés côtoient un public non averti, méprise trop souvent l'artiste au lieu de le valoriser. Le seul intérêt de vendre est de se débarrasser des choses. Moi, je préfère détruire. C’est un acte très important dans la création. Il fait souffrir en même temps qu'il libère, alors que vendre...
Comme Proust, vous pensez que c’est dans la mémoire que la réalité prend forme ?
Mes toiles font appel à nos souvenirs. J’utilise des « citations » de tableaux historiques car la rencontre de deux créateurs m’intéresse. On devine par exemple dans un de mes tableaux la trace réécrite, presque effacée, d'un tableau de Gauguin comme une sorte de suaire, laissant penser que tout a une fin. Car tout a une fin, l’œuvre est éphémère, l'éternité aussi.
A l’image de Jed Martin dans le dernier roman de Michel Houellebecq, vous aviez besoin de faire table rase pour suivre votre inspiration ?
Houellebecq parle très bien de l’artiste, il le prend comme il est. L’artiste ne demande pas de reconnaissance de la société. On me parle toujours d’échange mais ça n’existe pas. Certains donnent, d’autres prennent, mais ce ne sont pas les mêmes...
Henri Barande, “Nice to be dead”, jusqu’au 7 mai, Beaux-Arts de Paris, 13 quai Malaquais 75006 Paris
www.henribarande.com - www.ensba.fr
« Le seul intérêt de vendre est de se débarrasser des choses. Moi, je préfère détruire. C’est un acte très important dans la création »
Jean-Paul Bath
21/04/2011