Milan en 3 tendances
Le salon du meuble de Milan, où se pressent les designers soucieux de montrer l’étendue de leur talent et les éditeurs à la recherche de la perle rare, s’est tenu du 14 au 19 avril dernier. Trois tendances passées au crible.
Le meuble en kit branché
« À l’avenir, les consommateurs voudront être leurs propres designers », révélait une tendanceuse suédoise en février dernier. Taille, forme, couleur, on veut décider de tout et aussi « faire soi-même ». Le collectif « Big Game » a anticipé notre désir d’autonomie en imaginant une lampe faite de barres à assembler par trois ou par cinq (« Link » chez Moustache). Les étagères « Else » de Werner Gasser se présentent sous forme de planches à insérer les unes dans les autres (Moormann) et le designer italien culte Enzo Mari ressort des étagères et un fauteuil de sa gamme « Autoprogettazione » des années 70, à monter et clouer soi-même (Artek). Ludiques et surtout pratiques à transporter, de plus en plus de chaises sont proposées en pièces détachées, dans des « Flat pack », par des marques françaises (Xo) ou suédoises (Offecct et Gärsnäs).
Le grand show des lampes
Objets décoratifs à part entière même lorsqu’ils sont éteints, les luminaires sont pour les designers l’occasion d’exercices de styles poétiques. Flirtant ces temps-ci avec l’art et la tendance écolo, les lampes n’ont jamais été aussi spectaculaires, à l’image de l’installation lunaire du designer japonais Tokujin Yoshioka, « Stellar », une suspension tout en cristal montrée au Swarovski Crystal Palace. Non moins surprenants, les « Piercing muraux » de Ron Gilad, équipés d’ampoules LEDs à basse consommation (Flos). Écologie et soif de naturel obligent, Luca Nichetto s’est inspiré de récipients traditionnels scandinaves en bois qu’il a retournés et pendus au plafond , « Troag » (Foscarini). Poétique, la lampe de table de Patrick Jouin, « Bloom », s’ouvre, quant à elle, comme une corolle lorsqu’on appuie dessus (MGX).
La vague de béton
Depuis la mise au point de nouveaux bétons malléables et résistants, comme le Ductal, beaucoup de designers ont tenté de piquer le matériau fétiche des architectes. Jusqu’à présent, ces meubles un peu lourdauds manquaient de style, à l’exception de la célèbre chaise « Chair One » de Konstatin Grcic (Magis), avec son assise géométrique en aluminium et sa base en béton (2004). Cette année, le béton acquiert ses lettres de noblesse : table ronde « Arc » aux allures de cathédrale du cabinet d’architectes britannique Foster + Partners (Molteni), bureau « Hübler » (par János Hübler) dont les pieds sont comme des façades d’immeubles dans lesquels on insère des livres (du fabricant hongrois Ivanka), et enfin les lampes « Miyake », de Arihiro Miyake, que l’on peut faire rouler sur différentes facettes pour les déplacer (Moooi). Entre design et béton, c’est une affaire qui roule.
Meg Rivero
08/07/2010