Monumenta 2011 La démesure d’Anish Kapoor
MONUMENTA a enfin trouvé un artiste à la dimension du Grand Palais. Anish Kapoor a juré « d'inonder le visiteur avec sa couleur » par une œuvre monumentale et philosophique. Pari gagné.
Anish Kapoor dans le Grand Palais,
Septembre 2010.
Leviathan, Anish Kapoor,
vue intérieure de l'oeuvre,
Monumenta 2011
Leviathan, Anish Kapoor ,
vue de l'oeuvre,
Monumenta 2011
Un pari démesuré
« Un seul objet, une seule forme, une seule couleur. Mon ambition est de créer un espace dans l’espace qui réponde à la hauteur et la lumière de la Nef du Grand Palais. Je veux que les visiteurs éprouvent une sorte de choc esthétique et s’écrient "Woaw ! Inimaginable !" », voilà l’ambitieux défi d’Anish Kapoor. Pour cet artiste né en 1954 à Bombay et installé à Londres, « il n’y a pas de regardeur innocent ». Quand la mémoire et le corps parcourent, traversent une œuvre d’art, quelque chose se passe obligatoirement. Chacun arrive avec son histoire, son passé, ses interrogations et entre en résonance avec l’œuvre. Et il est indéniable que l’entrée dans les entrailles du monstre est un choc. La respiration se bloque, une sensation étrange vous prend comme si l’on se retrouvait à l’intérieur d’un organisme vivant après avoir été réduit à une taille de lilliputien… avant d’en ressortir et de découvrir alors le gigantisme - inimaginable de l’intérieur - de la structure ! Bluffant.
Une prouesse technologique qui en fait une œuvre du 3eme millénaire
Anish Kapoor, adepte du gigantisme, a admis que la difficulté avec la nef du Grand Palais, c’est son échelle -quand on est à l’intérieur, c’est presque plus grand que si l’on était dehors ! Du coup, il a créé une œuvre qui transforme ce grand espace en deux expériences successives : une intérieure et une extérieure. Ces deux mondes sont séparés par une paroi - comme
une membrane - de quelques millimètres de textile composite PVC et acrylique, (12 092 m2 pour l’ensemble quand même), subtilement transparent et coloré. Pénétrer dans l’œuvre est une naissance à l’envers, un retour dans une matrice de sang percée par les seuls rayons du soleil. Saisissant.
Expérience philosophique inédite et mise en garde
Anish Kapoor nous offre un voyage à la fois contemplatif portant à la méditation et en même temps très impressionnant. L’espace, pour cet artiste maître du pigment pur, est une entité philosophique et pas seulement l’endroit où adviennent les choses. Les artistes ne font pas d’objets, ils construisent des mythologies et c’est à travers leurs mythologies que nous lisons leurs objets. Comme dans le monde baroque, l’apparence est décorative, tout en surface,
mais en dessous se cache un sombre secret. La décadence et l’entropie ne sont jamais bien loin. Le Léviathan se nourrit de la surconsommation moderne et pourrait bien engloutir la planète. Déroutant.
Monumental, le Léviathan d’Anish Kapoor semble repousser la Nef du Grand Palais pour mieux avaler les passants imprudents
Monumenta 2011, Leviathan, Anish Kapoor, du 11 mai au 23 juin 2011, Nef du Grand du Grand Palais, av. Winston Churchill 75008 Paris
www.monumenta.com/fr/2011/ - www.grandpalais.fr/
Jean-Paul Bath
19/05/2011