Paris-Delhi-Bombay connexion
Avec Paris-Delhi-Bombay, le Centre Pompidou croise les regards d’une cinquantaine de plasticiens indiens et français. Un éclairage inédit sur la société indienne actuelle.
Enroute or Of a Thousand Moons,
Ayisha Abraham, 2010-2011
© Adagp, Paris 2011
Le songe de Poliphile,
Camille Henrot, 2011
© Adagp, Paris 2011
You Too Can Touch the Moon,
Tejal Shah, 2006
© Courtesy de l?artiste et Project 88, Bombay
© Adagp, Paris 2011
Rama, modèle Friedrich Hartwig,
Pierre & Gilles, 2010
© Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris
© Adagp, Paris 2011
Remembering Mad Meg,
Nalini Malani, 2007-2011
© Courtesy Galerie Lelong, Paris
© Payal Kapadia
© Adagp, Paris 2011
© Prakash Rao
© Adagp, Paris 2011
Le Centre Pompidou renoue avec la grande époque des expositions « Paris-New York », « Paris-Berlin », ou « Paris-Moscou » de la fin des année 70, alors sous la direction hors norme de Pontus Hultén (philosophe, historien d’art et premier directeur du centre). A deux détails près : Pontus n’est plus là et l’art contemporain n’est plus l’apanage de l’Occident.
La perte des repères
Depuis la « fin de l’histoire » proclamée par certains philosophes, le monde ne se résume plus à une histoire linéaire mais à un ensemble de récits qui évoluent en même temps, se croisent, tissent une toile globale, et dont la direction devient multiple et changeante. L’art contemporain n’échappe pas à ces changements. L’exposition « Paris-Delhi-Bombay » en est emblématique. Les présentations habituelles par courant artistique ou par école font place à des confrontations entre artistes singuliers, des choix que l’on peut qualifier d’arbitraires, puisqu’ils relèvent de la sensibilité des commissaires d’expositions. La tendance : remplacer le commissaire unique par un comité de sélection pour laisser la pluralité des récits s’exprimer.
Remonter le temps
Ayisha Abraham illustre bien cette perte de contrôle du temps dans ses films, montages de scènes de vie familiale, mêlant au hasard les époques et les personnes. Cette approche originale et sensible lui a valu d’être sélectionnée à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes en 2007 pour le court métrage « One Way ». Cette même appropriation de symboles culturels du passé permet à Camille Henrot d’imaginer les champs du possible sur un mode « et si ? » à la Alain Resnais. Diplômée des Arts Déco, elle construit des voyages atemporels, comme ici, dans la spiritualité et la mort en Inde.
Décloisonner les civilisations
Autre façon de brouiller les pistes chez Atul Dodiya, chef de file de sa génération : ses œuvres se réfèrent autant aux spécificités indiennes qu’aux principes occidentaux. Il peint sur des volets métalliques roulants d’échoppes, les images kitsch, les événements liés à l’histoire de Gandhi, tout en se référant au constructivisme russe, à l’abstraction américaine ou aux films de Bergman. C’est ce même kitsch que l’on retrouvera, avec second degré, chez Pierre & Gilles au service du glamour de magazine people.
Bouleverser les traditions
Sous le couvert d’un style de peinture traditionnel - déposant les pigments sous le verre ou des surfaces transparentes - et de références à Bruegel l’Ancien, Nalini Malani s’attaque à la pression religieuse et politique dont les femmes sont les premières victimes. C’est aussi l’objectif de Tejal Shah juxtaposant des photographies idéalisées et une réalité sordide.
« Paris-Delhi-Bombay » jusqu'au 19 septembre 2011
Centre Pompidou Paris, www.centrepompidou.fr
Jean-Paul Bath
26/05/2011