Jonathan Meese « L’art a tout inventé »

Jonathan Meese, l’enfant terrible de la peinture allemande, expose à Paris. Rencontre avec ce grand gaillard chevelu arborant des lunettes 50's et parfois un nez de clown.
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Fils de diplomate né à Tokyo, l’Allemand Jonathan Meese  est formé à l’académie de Hambourg et très vite remarqué à la Biennale de Berlin, au PS1 de New-York ou dans la collection Saatchi. Il se démarque par des performances déjantées comme son improvisation sur Parsifal de Wagner. Aujourd’hui, à 40 ans, il est exposé dans les plus grands musées internationaux qui le voient comme l’héritier de l’expressionnisme allemand par la vigueur de son discours et la violence de ses couleurs.

Vous avez intitulé la toile maîtresse de l’exposition « Dictature de l’art » : est-ce une critique de la pensée unique ?
Jonathan Meese : Pas du tout, c’est pour moi une aspiration, un vœu, que le monde soit dirigé par l’Art… mais pas par les artistes ! J’appelle cela le
« Total Future ». L’art a tout inventé, y compris Dieu puisqu’il permet de le représenter.

C’est une nouvelle école ?
Je déteste les écoles d’art. On devrait les détruire, elles corrompent les étudiants et en font des suiveurs. C’est un lavage de cerveau. Les artistes ne croient plus en l’Art, ils devraient être plus passionnés. Il faut créer par instinct, avec ferveur, par envie de vivre.

Est-ce cette rage de vivre qui vous pousse à toucher à tout (peinture, sculpture, happenings) et à construire une œuvre totale selon les préceptes de vos maîtres : Wagner, Nietzsche, Kubrick ou Josef Beuys ?
Oui, mais Beuys a commis une erreur : s’intéresser à la politique. L’art est plus puissant que la politique. Je suis pour une utopie situationniste radicale qui abolit le pouvoir et les gouvernements. Par dérision, j’introduis des croix gammées dans mes œuvres. J’utilise les images et les idéologies du passé, je taille dans les mythologies des grands créateurs, mais sans nostalgie : je veux aller de l’avant.

Discutant avec Bettina Rheims de la théorie sur la fin de l’histoire, je suggérais que la prochaine religion de l’humanité serait l’art… elle a éclaté de rire.
Elle a raison, il ne faut pas se prendre au sérieux. L’art est légèreté mais il faut y croire. Tous ces gens riches qui collectionnent mes œuvres (NDLR : pièces présentées de 10 000 à 100 000 €) cherchent un potentiel plus fort qu’eux. Mon futur est vif comme mon coup de pinceau et lumineux comme ma palette dans laquelle j’ajoute des couleurs fluo.

Comment voyez-vous votre destinée ?
Je dois être plus précis, peindre est une mécanique presque militaire, c’est une mission totale, un entraînement. Le jour où l’Art dirigera le Monde, je serai vivant !

Jonathan Meese « St Neutralité (TOTALES BALLETT de LOLITADZIOZ) », jusqu’au 19 février, Galerie Daniel Templon, 30, rue Beaubourg 75003 Paris

"Je déteste les écoles d’art. On devrait les détruire (...). Il faut créer par instinct, avec ferveur, par envie de vivre."


Jean-Paul Bath
20/01/2011
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