La fabrique de Kubrick
Stanley Kubrick, personnage fascinant du 7e art, s’expose dans les moindres détails à la Cinémathèque Française. Pourquoi cette expo est-elle immanquable ? Explication.
Full Metal Jacket (Full Metal Jacket, GB/USA 1987)
Korova milk bar. Décor d'Orange mécanique recréé pour l'exposition. Photo: Uwe Dettmar
Barry Lyndon (GB/USA 1973-75)
Stanley Kubrick sur le tournage du Baiser du tueur (Killer?s Kiss, USA 1955).
2001: L?Odyssée de l?espace (2001: A Space Odyssey, GB/USA 1965-68)
Stanley Kubrick et Malcolm McDowell sur le tournage d?Orange mécanique (A Clockwork Orange, GB/USA 1970-71)
Stanley Kubrick et Sue Lyon sur le tournage de Lolita (GB/USA 1960-62)
Orange mécanique (A Clockwork Orange, GB/USA 1970-71)
Pour Stanley Kubrick lui-même
Visionnaire, perfectionniste, poétique, secret, ces superlatifs résument bien Stanley Kubrick, l’homme (1928-1999), le cinéaste (et ses 13 films seulement), le phénomène. Au même titre qu’Orson Welles, Hitchcock ou Kurosawa, il fait partie des maîtres incontournables du 7e art. Les secrets d’un tel talent ? Le pouvoir jamais égalé de scandaliser à chacune de ses réalisations et une propension à passer d’un genre à l’autre avec la même virtuosité. Ainsi, Stanley Kubrick a redéfini les codes de la science fiction avec son mythique « 2001 : L’Odyssée de l’espace», choqué avec «
Orange Mécanique » ou effrayé avec « Shining ». Autant de films cultes dont tout le monde a entendu parler.
Pour la scénographie
Chronologique, l’expo est aussi précise que l’était Stanley Kubrick lui-même dans ses films. La visite s’ouvre sur les premiers courts métrages documentaires que Kubrick réalisa dans les années 50 et s’achève sur ses projets inachevés. Chaque film a droit à son propre espace d’exposition. On retiendra celui de « Docteur Folamour » avec la maquette de la fameuse salle de guerre et un obus grandeur nature sur lequel Peter Sellers reste a jamais gravé dans nos mémoires. « Lolita » et son canapé rouge en forme de bouche ou les sculptures érotiques de
«
Orange Mécanique » sont immanquables. Autant que le fœtus astral de « 2001 : L’Odyssée de l’espace» ou la maquette du labyrinthe mortel de
« Shining », qui trônent en pièces mythiques au cœur de cet univers kubrickien recomposé.
Pour les archives inédites
En plus des affiches, scénarios et plans de tournages dévoilés dans l’expo, les critiques de presse et lettres d’anonymes retiennent l’attention. Comme celle d’une femme de soldat outrée par le message transmis dans « Docteur Folamour ». Sans compter le courrier que Kubrick reçut de distributeurs étrangers lui signifiant que ses films étaient censurés (l’ultraviolent «
Orange Mécanique»
en tête). D’autres documents, au contraire, prêtent à sourire. C’est le cas de la critique de « Lolita » par Henry Chapier, allant dans le sens inverse de ses confrères qui criaient au scandale. Chapier affirme que « l’absence d’ironie et la neutralité consensuelle vaudront un jour au cinéma américain sa
disparition». Une chose est sûre, Kubrick a toujours créé la polémique et n’a jamais laissé insensible.
Pour les projets inachevés
L’esprit en ébullition, Stanley Kubrick n’a jamais arrêté de réfléchir à de nouveaux projets de films, et ce jusqu’à sa mort. Certains ont été repris par d’autres réalisateurs (« A.I. : Artificial Intelligence » de Steven Spielberg), d’autres n’ont jamais vu le jour. C’est le cas d’« Aryan Papers » avorté en pleine pré-production. La raison ? L’histoire ressemblait trop à celle de « La Liste de Schindler », sorti en salles avant que Kubrick n’ait commencé son film.
Mais ce sont surtout les archives de « Napoléon », clou de l’exposition et dernier projet du cinéaste interrompu par son décès, qu’il ne faut pas rater. La vie de l’Empereur n’avait plus de secret pour Stanley Kubrick et allait être retranscrite dans ce qu’il avait déjà présomptueusement qualifié de « meilleur film de tous les temps ». Seul le plan de tournage, aux détails époustouflants, pourra nous faire croire en cette utopie du film parfait.
En parallèle, la Cinémathèque Française propose une rétrospective de l’intégralité (sauf « Fear and Desire ») des films de Kubrick.
Stanley Kubrick, du 23 mars au 31 juillet. Cinémathèque Française 52, rue de Bercy 75012 Paris. www.cinematheque.fr
De la fresque historique « Barry Lyndon » au péplum « Spartacus », en passant par le film de guerre « Full Metal Jacket » ou le thriller « Eyes Wide Shut », Kubrick était un touche-à-tout de génie
Marie-Aurélie Graff
31/03/2011