Le sacre de Richard Prince
La Bibliothèque nationale de France et la galerie Gagosian rendent hommage à l’un des artistes contemporains les plus cotés : Richard Prince. Une première à Paris.
Untitled (publicity), Richard Prince, 2006
Poster, album and check, framed
© Richard Prince, courtesy of Gagosian GalleryA la BNF
Untitled (original), Richard Prince, 2009
Original illustration and paperback book
© Richard Prince, photo by Rob McKeever, courtesy of Gagosian GalleryA la BNF
American/English, Richard Prince, 2008
Books, sintra and bondo
© Richard Prince, photo by Rob McKeever, courtesy of Gagosian GalleryA la BNF
Untitled (publicity), Richard Prince, 2000
© photograph by Richard PrinceA la BNF
Dodge Challenger, Richard Prince, Swap meet, in Carlisle, Pennsylvania, June 1990
© photograph by Richard PrinceA la BNF
Untitled (cowboy), Richard Prince, 1991 et Biker, Unidentified magazine page in the artist?s collection, c. 1995
© Richard Prince, courtesy of Gagosian GalleryA la BNF
Richard Prince
© photo Antoine JarrierA la BNF
Sea, sex and sun… apologie des trente glorieuses
On le connaît pour ses images de cow-boys issues des publicités Marlboro ou pour ses nurses affriolantes. L’artiste américain Richard Prince s’empare de l’imagerie pop de l’Amérique mythique des années 50 à 80, celle des beatniks, des hippies et des punks. Un âge d’or de toutes les libertés et de toutes les expériences qu’il s’ingénie à subvertir avec un brio qui lui vaudra la rétrospective « Spiritual America » au Guggenheim de New-York en 2007 et des collaborations remarquées avec Marc Jacobs pour Louis Vuitton.
Accumulations et consumérisme passés à la moulinette
Partant d’un monde de pubs, peuplé de bikers, de célébrités, de big cars, Richard Prince rephotographie, découpe, repeint, déforme, marqué par ses débuts d’archiviste à Time Life où il était chargé de classer les coupures de presse. Sa recherche fondamentale : savoir ce que l’artiste peut ajouter à ce surplus d’images. Il invente ainsi un art de l’appropriation, transformant par exemple des nurses de couvertures de romans de gare en bombes siliconées.
Le collectionneur et le bibliophile
On savait que Richard Prince travaillait par répétition, variation et continuation, mais on apprend qu’il s’inspire d’une collection unique d’écrivains de la Beat Generation. Il possède ainsi un exemplaire annoté par William Burroughs du « Festin Nu » et le rouleau manuscrit de
« Big Sur » de Jack Kerouac. A la BnF, ces trésors sont mis en relation avec des manuscrits de Rimbaud et de Céline, donnant un écho nouveau aux écrivains beatnick.
Parallèlement, fort d’une carte blanche confiée par Bruno Racine, président de la BnF, Richard Prince puise dans les ouvrages populaires français et « projette une lumière inattendue sur les ouvrages les moins considérés de la bibliothèque »… Le tout sur une bande-son de Jimi Hendrix et Jim Morrison (son idole, auteur d’ « American Prayer »).
« Iconophage » et iconoclaste
Dernière appropriation en date, Richard Prince s’attaque à une autre icône de l’art américain, Willem de Kooning, lui-même reconnu pour avoir utilisé une icône des années 50, Marilyn, dans sa série « Women ». Ces nouvelles toiles sont présentées en exclusivité chez Gagosian, une des plus grandes galeries américaines qui a récemment ouvert à Paris.
En greffant des couvertures pornographiques sur les corps de femmes de Willem de Kooning, Richard Prince mêle le raffinement de l’art à la vulgarité des magazines populaires. Par ce pillage organisé, il pose ouvertement la question de la propriété de l’œuvre et attaque le sacro-saint droit d’auteur. Se moquant d’un certain establishment, libre et insouciant, il ne manque pas de rappeler la pièce de Montherlant « La ville dont le prince est un enfant ».
« Richard Prince, American Prayer », jusqu’au 26 juin 2011, Bibliothèque nationale de France, Quai François-Mauriac 75013 Paris
« Richard Prince : de Kooning », jusqu’au 21 mai 2011, Gagosian Gallery, 4 rue de Ponthieu 75008 Paris
Richard Prince fait l’objet de deux expos conjointes à la BnF et à la galerie Gagosian, l’occasion de découvrir les multiples facettes du prince de la « pictures generation »
Jean-Paul Bath
07/04/2011