Rina Banerjee investit Guimet
En invitant Rina Banerjee à présenter ses chimères au cœur de ses collections permanentes, le musée Guimet mixe les époques et jette un pont entre l’Inde et l’Occident.
© Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles
In Dream with ... 2006
© Musée Guimet-Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles
© Musée Guimet-Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles
Upon civilizing home... 2010
© Musée Guimet-Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles
Take me, Take me... to the Palace of Love, 2003
© Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles, Haunch of Venison, London
The world as burnt fruit... 2009
© Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles
Suspendu sur le fil du temps
En invitant l’artiste américaine d’origine indienne Rina Banerjee et ses "Chimères de l’Inde et de l’Occident", le musée Guimet crée une mise en abyme avec ses collections permanentes, reliant art contemporain, histoire de l’art et des civilisations. Rempli de trésors millénaires un peu effrayants et savants, le musée installe une intéressante collision. Le visiteur est suspendu au balcon, embrassant les temps passés et actuels. L’occasion de réviser notre jugement sur les relations Asie-Occident et la permanence des cultures.
Au rez-de-chaussée, l’évanescent "Take me, take me… to the palace of love", une gigantesque installation, donne le ton. Ce palais de cellophane rose est l’emblème de l’Inde rêvée. La chimère joyeuse, exubérante, sert d’introduction. L’exposition se poursuit au premier étage, où se trouvent la plupart des œuvres de Rina Banerjee, dont ce fauteuil duquel jaillit une trompe d’éléphant, telle une corne d’abondance. Référence à la période coloniale britannique et à Ganesh, dieu du savoir qui écarte l’ignorance de l’univers.
Issue de la diaspora indienne
Née à Calcutta en 1963, Rina Banerjee vit à New York, conservant des liens forts avec son pays de naissance. L’artiste, ingénieur de formation, évoque "des familles entières de cultures humaines" et tire son inspiration de sa double appartenance au monde oriental et occidental. Ses sculptures et ses installations sont dignes de cabinets de curiosité comme ce "The world as burnt fruit...", représentation du monde comme un cocon grouillant.
En perspective des miniatures séculaires des collections permanentes de Guimet, ses dessins oniriques, brouillés et délicats, portent de longs titres poétiques. Rina Banerjee est obsédée par le mélange des cultures au cours des siècles, les emprunts des unes aux autres, les dominations, mais aussi par la perte d’identité due à la globalisation.
Glaneuse et ethnographe
Rina Banerjee utilise tous les médiums, des plumes, des ampoules, des bouts de bois, des vestiges. Dans ses "chimères", elle mixe des yeux de verre de nounours, un parapluie chinois, des instruments de musique africains, du mobilier ancien. Vivant dans une ville électrique et cosmopolite, voyageuse, elle a glané un musée ethnographique et anthropologique : ornements sacrés, plumes et coquillages, bidules touristiques parfois ridicules.
Son œuvre dessine une cartographie entre Inde et Occident, disposée comme autant de petits cailloux pour éclairer notre chemin. Son imagination et son sens de la synthétisation des contes de fées, religions, cultures et conditionnements de nos sociétés actuelles, sont éblouissants.
"Rina Banerjee - Chimères de l’Inde et de l’Occident", jusqu’au 26 septembre, Musée Guimet, Paris, www.guimet.fr
Egalement : Rina Banerjee "Œuvres récentes", jusqu’au 13 juillet, Galerie Nathalie Obadia, www.galerie-obadia.com
Elisa Morère
23/06/2011