Basquiat : des maux et des mots
Jean-Michel Basquiat aurait eu 50 ans cette année... Décryptage du travail d’un artiste élevé au rang de mythe à l'occasion de la rétrospective que lui consacre le Musée d’art moderne de la Ville de Paris.
Un ado qui a fui les bancs du lycée et dont les graffs sont repérés à l’âge de 16 ans… Un jeune homme de 18 ans, qui, pour manger, vend des collages format carte postale pour trois fois rien tout en fréquentant les clubs les plus hype de New York.
Star du monde de l’art à 22 ans, Jean-Michel Basquiat connaît la gloire trois ans plus tard en posant pieds nus en une du New York Times Magazine dans son atelier, vêtu d’un costume
Armani. Il meurt brutalement d’une overdose à 27 ans. Basquiat incarne le New York des années 80. Celui où l’argent et la célébrité étaient à portée de main pour ceux qui le voulaient vraiment. Un monde où tout était possible...
En effet, tout était possible dans le monde de l’art… si l’on était blanc. Basquiat fut non seulement le premier artiste noir à obtenir un tel succès - et il le savait bien -, mais depuis, le marché de l’art n’a pas élevé d’autre artistes black au rang de super star.
Réunissant une centaine d’œuvres venues d’Europe et des États-Unis, cette rétrospective permet de regarder le travail de Basquiat, de près. De nombreuses pièces provenant de collections privées et de musées sont exposées pour la première fois depuis très longtemps.
Est-ce que l’œuvre de Basquiat est à la hauteur du mythe ? Basquiat est un artiste qui dessine en même temps qu’il peint, qu’il inscrit des mots et des lettres sur ses toiles.
Si d’un point de vue pictural, ses combinaisons de peinture et de dessin sont parfois inégales, ses mots résonnent toujours avec force. Face à ses toiles grand format, on lit et on découvre un aspect de son œuvre que les catalogues ou les images sur internet ne peuvent retranscrire.
Qu’ils l’aient soutenu ou non à l’époque, les critiques ont souvent parlé de Basquiat comme d’un graffeur. Pourtant, depuis son adolescence, il avait délaissé le graffiti.
Et si ses peintures ont fréquemment été qualifiées d'introspectives et de primitives, elles témoignent pourtant d'une réflexion pénétrante sur le monde extérieur.
Société de consommation, racisme, histoire américaine de l'esclavagisme, Basquiat a su lier les langages écrits et visuels pour proposer des commentaires d'une lucidité saisissante. Et c’est là toute sa force.
Basquiat, jusqu’au 15/01/2011,
Musée d’art moderne de la Ville de Paris
Dans le monde de l’art, tout était possible… si l’on était blanc. Basquiat est le premier artiste noir à obtenir un tel succès, et il le savait bien.
© The Estate of Jean-Michel Basquiat - © ADAGP, Paris 2010
© The Estate of Jean-Michel Basquiat - © ADAGP, Paris 2010
© The Estate of Jean-Michel Basquiat - © ADAGP, Paris 2010
Jian-Xing Too
04/11/2010