Safari arty à Nantes
Cet été, le Lieu Unique à Nantes propose une exposition entièrement dédiée au monde animal. Un "Safari" peu commun qui invite à une drôle d’aventure.
Carsten Höller,
Canary, 2009
Paul McCarhy,
Spaghetti Man, 1993
Jean-Luc Moerman,
Tricératops, 2007-2011
Que cet endroit est bien nommé ! Lieu unique en son genre, le Lieu Unique - justement - avait commencé très fort, dès son ouverture en 2000. Ancienne usine des biscuits LU située sur le bord des rives du Canal Saint-Félix à Nantes, l’espace avait été reconquis pour lui insuffler une nouvelle vie. Un lieu où tous les arts - plastiques, théâtre, danse, musique, littérature… arts gustatifs ou architecture - allaient être dorénavant célébrés sous toutes leurs coutures.
Pour consacrer l’ouverture de l’endroit, une fête-rituel fut imaginée et un "Grenier du Siècle" créé, refermant ses portes sur 12 000 objets collectés par les Nantais, représentatifs de nos vies présentes et passées, puis nichés dans une double paroi de la façade du bâtiment. Réouverture prévue le 1er Janvier 2100 à 17 heures ! En attendant, profitons du programme de l’été, un Safari version art 2011, qui devrait surprendre les plus aventuriers.
Pour nous pousser dans ces lieux peu communs, une trentaine d’œuvres d’artistes français et étrangers, dispersées sur près de 2000m². Dans cette jungle de sculptures et d’installations vidéo, on pénètre sur la pointe des pieds comme pour ne pas réveiller les bêtes peut-être encore endormies… En quelques pas, on découvre pourtant qu’ici l’art est en action. La ménagerie s’est en effet mise en scène
pour nous : animaux familiers comme "Le Grand cacatoès blanc" de Sylvain Rousseau, prédateurs inquiétants les dessins de Lisa Le Saint ou la vidéo (le chat) de Rä di Martino. Les animaux se font parfois dérangeants comme le lapin au sexe géant ("Spaghetti Man") de Paul McCarthy, le "Pedigree" de Pierre Vadi ou les "Afterbirds" du film de Philippe Decrauzat, tirés des "Oiseaux" d’Hitchcock.
Le sentiment est à l’intrigue. L’exposition nous fait passer d’acteurs à spectateurs. De dominants, nous devenons des dominés qui observons ce que la nature veut bien nous montrer. Progressivement, le doute disparaît. Notre safari devient une chasse perdue, un piège qui pointe souvent avec humour les travers de notre rapport à la nature, notre façon de la regarder, de l’insérer dans nos vies urbaines. La représentation de l’homme et de la - de sa - nature est dressée sans complaisance. Au fil de notre battue, les rôles se sont progressivement inversés et en sortant, on ne sait plus très bien duquel - de l’homme ou de l’animal - doit-on dire qu’il est le plus "sauvage".
Safari, jusqu’au 4 septembre 2011, Le Lieu Unique, 44 Nantes
www.lelieuunique.com
Fabienne Dupuis
30/06/2011