30 ans de Clergerie
Dernier chausseur de luxe installé à Romans et fabriqué en France, Robert Clergerie mise sur une créativité anti-show-off... et confortable !
buybuy : Votre marque célèbre ses 30 ans. Ce sont les filles de vos premières clientes, qui se chaussent Clergerie, aujourd'hui ?
Robert Clergerie : Nous avons redonné à la marque une image jeune ! Nous devons séduire les jeunes générations. Il nous faut surtout prendre garde au phénomène rétroviseur et au produit qui vieillit avec la clientèle. Ce qui fait le succès d'une collection fera sa mort. En mode, il faut tuer ce qu'on a adoré et une bonne collection doit tuer la précédente.
Vous devez savoir anticiper les envies de vos clientes ?
Oui, et les femmes sont totalement irrationnelles, ce qui les rend intéressantes ! Notre métier est comme une infusion faite de films, d'émissions de TV, de pubs... à l'écoute de l'air du temps et de ses intuitions. On n'impose plus les tendances comme le faisait un Paul Poiret ou un Christian Dior, avec le New Look, ex-abrupto. La création d'aujourd'hui repose sur le passé, mais la mode est étroitement liée à l'évolution de la société.
Fort du succès de la sandale Arco, lancée en 1991 et rééditée pour l'été 2010, envisagez-vous de nouvelles rééditions ?
Non. Ces rééditions, c'était un clin d'oeil, pour nos 30 ans. La mode revient sur ses pas, mais ne repasse pas par le même chemin. Il faut vivre dans son siècle, avec les influences de son époque. Regardez, dans le cinéma, c'est frappant : les films en costumes, avec Gérard Philippe ou Jean Marais sont malgré tout marqués par leur temps. Le film Marie Antoinette, de Sofia Coppola, porte ainsi les influences de nos années 2000.
Sur quelle collection travaillez-vous actuellement ?
La collection de l'été 2010 est en boutique, celle de l'hiver 2010/11 est actuellement vendue aux détaillants et nous élaborons à Romans la collection de l'été 2011.
Quelles sont les prochaines tendances chez Clergerie ?
On va continuer dans une mouvance jamais show-off, notre marque de fabrique. Nous allons vers des cuirs naturels, un esprit bottier, en phase avec l'actuel retour du plat. Dans les années 80, qui ont fait le succès de nos derbys, on ne savait pas si elles couraient ou si elles marchaient...
Gwenola Guidé
18/07/2010