Immersion nature au cœur du Kérala
En cette fin d’après-midi, le village de Thanneemukkam, au sud de Cochin, a retrouvé un calme olympien. Ce matin encore, des dizaines de rafiots chargés de riz, de coprah et de noix de coco se disputaient, dans un grand brouhaha, l’accès aux berges étroites et amochées. Ultime rescapé de la journée, le Kettuvalom (bateau traditionnel) se dresse, tel un étendard, devant le soleil couchant. Avec son armature de bois et de bambou, l’embarcation semble tout droit sortie d’un autre temps. Celui où dominait encore le commerce des épices et autres denrées via le réseau inextricable de voies, de lacs et de canaux formé par les célèbres « Backwaters » du Kerala. Soit près de 1650 kilomètres de chenaux (dont 900 navigables) s’étirant entre le nord de Cochin et le sud de Quilon. Si la route et le chemin de fer s’y substituent aujourd’hui, ce nœud fluvial n’en reste pas moins fondamental pour le développement local, alimentant les cultures en eau, constituant des réserves naturelles et attirant, chaque année, de nombreux globe-trotters venus explorer les lieux à bord d’anciens bateaux réaménagés en hôtels flottant. Car loin des circuits aseptisés auxquels se cantonne trop souvent le Kerala (première destination touristique en Inde), ces croisières sont une invitation à s’immerger au cœur de cette région, luxuriante et préservée.
Cabotage en eau douce
18h00. Le Kettuvallom vient de s’élancer avec, à son bord, une dizaine de passagers, équipage compris. Une structure minimale pour un grand voyage. Comme le laissent présager les superbes paysages qui défilent au large et miroitent sur les eaux quasi-statiques des canaux. L’atmosphère se fait bucolique. Sur le pont principal, les tables sont dressées et l’on s’enivre des parfums d’épices qui s’échappent de la cuisine. Au menu : curry de betterave, soupe de lentilles et « pearl spot » (poisson des backwaters), le tout présenté sur une feuille de bananier, l’assiette locale.
Comme espéré, la journée débute tel un enchantement. Ici, des tapis de nénuphars s’étirant sous les carrelets. Là, des ibis et des cormorans semblent suspendus dans le ciel. Plus loin, des pêcheurs s’afférant sur leur pirogue en bois. Et partout : des manguiers, des goyaviers et des
palmiers s’épanchant sur les flots. Tandis que le rire des femmes, sillonnant les chemins de halage, vient troubler la quiétude matinale. Se succèdent alors d’innombrables villages cachés parmi les rizières et les plantations de bananiers. D’une escale à l’autre, on savoure le spectacle quotidien des habitants, entre baignades, sorties des classes, travail dans les champs et prières dans les temples bouddhistes. L’horloge du temps semble s’être arrêtée. Et pourtant, au loin, se profilent déjà Kovallam et ses plages paradisiaques. Un autre voyage commence...