Encore peu développé en France, le marché de « l’autopartage », en ville semble promis à un bel avenir, porté par le projet Autolib' de la Maire de Paris et le changement de comportements des citadins. L’étude internationale du cabinet Oliver Wyman met en lumière les facteurs clés pour assurer le décollage de ce transport alternatif.

Gilles Roucolle, expert chez Oliver Wyman, est formel. L’autopartage, une voiture en libre-service sur abonnement, va connaître une croissance à deux chiffres dans les années à venir, spécialement en France. Avec un chiffre d’affaires de seulement 5 M€ en 2008, l’hexagone est très en retard par rapport à ses voisins Européens, notamment l’Allemagne et les Pays-Bas qui ont développé depuis longtemps des structures ad hoc. Estimé en Europe à 140 M€ et 130 M€ aux USA en 2008, le marché mondial de l’autopartage pourrait peser 4 milliards d’euros d’ici quelques années. L’équation est simple. Partout dans les grandes villes, la demande est mûre pour utiliser une voiture en libre-service à un prix raisonnable. Encore faut-il que celle-ci soit accessible et visible dans les rues. C’est l’un des enseignements de l’étude qui a notamment observé ZIP CAR, la société leader depuis 15 ans aux USA. Les propositions actuelles d’opérateurs privés, confinés dans les sous-sols des parkings des grandes villes, ne retiennent l’attention que des entreprises. Pour séduire le grand public, il faut une offre visible sur la voie publique,

à l’image de Vélib. Le projet Autolib' de la Marie de Paris planche actuellement sur la capacité du réseau à mettre en place. Le chiffre minimum avancé est de 4000 voitures ( à comparer aux 20 000 vélos). Cela ne représentera que 1 % des transports de la ville, mais l’impact politique et médiatique est évidemment beaucoup plus important. Bon point niveau écologie, l’utilisation d’une voiture en libre-service équivaut à 15 voitures particulières. Mais à quel montant fixer l'abonnement ?

Si certains penchent pour un prix faible, Oliver Wyman a constaté que partout où le prix était plus élevé, l’utilisation était plus respectueuse. Alors 10, 20, 50 € par mois ? La réponses est stratégique, mais l’importance du vandalisme vis-à-vis des Vélib à Paris a surpris tous les observateurs et la crainte d’un scénario identique sur les voitures semble justifiée. Un abonnement à prix élevé responsabilisera-t-il plus les utilisateurs occasionnels ? C’est toute la question, d’autant que le cahier des charges Autolib' impose une voiture propre, sans doute électrique, qui risque d’être soumise à des pannes, nouvelle technologie oblige. À ce jour, le profil type de l’utilisateur d’autopartage est un jeune urbain aisé, sans enfants. Mais l’ambition d’Autolib' est d’être un service plus démocratique. Sujet hautement sensible pour les prochaines élections municipales, la Mairie de Paris aura à cœur de proposer une mobilité qui soit à la fois écologique mais aussi « sociale » aux yeux de la population. Rendez-vous en 2012.