Le designer François Duris est chargé chez Citroën d’imaginer les intérieurs de nos voitures de demain. Au carrefour de plusieurs influences, il nous explique les mutations qui vont changer notre quotidien à bord de nos voitures.
Comment vivez-vous la crise ?
Au-delà des difficultés, je me dis que c’est une opportunité géniale de réinventer le langage et le vocabulaire de forme de l’automobile. On s’oriente vers des valeurs de vie à bord, de personnalisation, mais aussi d’échange, de partage. Les français sont bien placés pour apporter des réponses à cette attente.
Quelles tendances se dessinent dans les intérieurs de voitures ?
Il y a un effort de nettoyage, de purification, pour aller vers plus de quiétude, de bien-être. Les intérieurs automobiles se font eux aussi plus discrets, moins ostentatoires, ce qui offre une plus grande part d’interprétation à l’utilisateur. Le design s’exprime moins pour lui-même. Il apparaît plus au service d’une atmosphère générale que d’une fonction définie. On ressent aussi un besoin de créer des personnalités fortes
Vous parlez de la nécessité de faire simple et précieux sur les voitures populaires. De quoi s’agit-il ?
On a trop longtemps sophistiqué pour sophistiquer, car c’était valorisant. Il y a un travail inverse qui s’opère, on simplifie, on épure. Paradoxalement, cette simplification s’accompagne d’une exigence sur le détail, les matières, la qualité du fini. L’iPhone en est le meilleur exemple. Il apparaît simplissime, tout en étant très sophistiqué. Produit de masse, c’est pourtant un vrai bijou que l’on a plaisir à manipuler. C’est une invitation à offrir la même noblesse dans une auto, mais sans surcoût. C’est tout l’enjeu du simple/précieux que nous avons abordé sur les nouvelle C3, C3 Picasso et DS3
Quelles révolutions technologiques vont changer la donne ?
Grâce au nouveau procédé de prototypage rapide, la stéréolitographie, un design totalement inédit apparaît, avec notamment un travail sur la légèreté où la structure fait la forme, comme la chaise « Solid » de Patrick Jouin ou la table Mesa de Zaha Hadid. N’étant plus contraint par l’usinage ou le démoulage, cela ouvre d’infinies perspectives pour nous, dès que cela fonctionnera à grande échelle.
Pensez-vous que le luxe automobile à la Française puisse un jour rivaliser avec les Allemands ?
Après avoir rimé avec classicisme et statut, on voit émerger un goût pour un haut de gamme plus audacieux, plus créatif. La France s’inscrit dans cette tradition d’une élégance osée, engagée. Il y a une opportunité de renouer avec cet état d’esprit qui n’a jamais quitté les grands noms français de la haute couture, de la parfumerie ou de la bagagerie. On peut imaginer un retour de cette ambition chez Citroën. La gaieté intérieure du concept Hypnos avec son traitement des couleurs en arc-en-ciel en est un bel exemple.
Qui voyez-vous de bien placé pour repenser l’automobile ?
La donne va tellement être modifiée en terme d’énergie, de distribution, de libre-service, de mobilité partagée, que j’en viens à penser que la solution viendra peut-être de l’extérieur. Le regard d’un Google ou d’un Apple sur le sujet serait le bienvenu. Beaucoup de Start Up de la Silicon Valley travaillent sur le sujet, comme Tesla (voiture de sport électrique) ou Better Place (réseau mondiale de station d’échange rapide batterie). La révolution est en marche.









