Rattrapées par la crise et le réchauffement climatique, les marques de prestige entament une profonde et inédite introspection pour imaginer la sportive propre de demain.
On a dit un temps que « la crise n’affecterait pas les bolides de prestige, que le formidable appétit de la Chine, de la Russie, de l’Inde et des Emirats pallierait les baisses de commandes européennes et nord-américaines ». On ne le dit plus. Comme Versace ou Christian Lacroix, quelques marques de haute-couture mécanique ont, font ou vont faire les frais des vicissitudes financières actuelles. Jaguar et Land Rover, qui doivent leur salut à l’industriel indien Tata, sont loin des objectifs qui leur sont assignés. Aston Martin, fragilisé en tant qu’indépendant, cherche à refinancer ses dettes. Quant à Bugatti, l’illustre maison alsacienne est contrainte de jouer des « séries spéciales » pour attirer l’attention.
Et pourtant cela n’empêche pas les carrosseries de rêves de pulluler comme jamais dans l’histoire : lors du dernier salon de Francfort, l’on a d’ailleurs recensé plus d'une vingtaine de modèles dépassant les 150 000 euros…Il faut dire que Porsche, ses 911, son inédite Panamera (limousine à 4 portes) et bientôt ses hybrides fascinent encore suffisamment pour maintenir ses ventes proches des 100 000 exemplaires cette année. Idem pour le trio Audi, BMW et même Mercedes qui ont converti avec succès les chinois à leur charme ; 60 % des Audi A6 (modèle le plus rentable de la marque aux anneaux) trouvent ainsi preneur de l’autre côté de la grande muraille !
Quant à Fiat, elle entretient savamment le désir des Ferraristes en limitant la production des bolides rouge, peu ou prou sous la barre des 7000 exemplaires annuels, en étirant à loisir les délais de livraisons ; une majorité des Ferrari livrées en 2009 ont ainsi été commandées avant la chute de Lheman Brothers ! Mais épargnées ou non par la crise, les marques de prestige ne peuvent plus faire l’économie d’une profonde et inédite introspection. Rattrapées par le réchauffement climatique, les ingénieurs savent en effet que leurs clients ne pourront plus longtemps fermer les yeux sur des émissions de CO2 d’ores et déjà taxées par les malus et, bientôt, interdites de séjour dans le cœur de la plupart de nos villes. Même si le petit nombre de voiture de sport dans le monde ne pèse pas grand chose dans les émissions globales, c’est avant tout une question d’image. Et l’image dans le luxe, c’est primordial.
Tesla, start-up californienne ayant la première surinvestie le marché du bolide électrique l’a compris avant tout le monde. Bien lui en a pris puisque sa production est ainsi passée du rang « d’œuvres artisanales » au rang de must have en l’espace de seulement trois saisons ; il faut dire que le tout Hollywood leur a déroulé le tapis rouge : « ces roadsters envoient au musée toutes les autres automobiles » aurait déclaré DiCaprio, adepte de la première heure avec Georges Clooney ! Un message reçu cinq sur cinq par les marques allemandes. Mercedes vient d’entrer au capital de Tesla. Quant à Audi et BMW, ils entament désormais tous les salons mondiaux avec en guest star des concepts « zéro émission ». On n’attend plus que les Bentley, Ferrari, Porsche et Rolls du même acabit ; cela ne saurait tarder…









