Malgré la crise, les ventes aux enchères de voiture de collection résistent. Valeur refuge, l’automobile est pour certains amateurs un placement au même titre qu’une œuvre d’art.

À force de stigmatiser tous les défauts de l’automobile, on oublie que cette merveilleuse invention nous fait rêver depuis plus de 100 ans. Il suffit pour s’en convaincre de se plonger dans les petites annonces d’Autoretro pour constater qu’une Jaguar Type E, une DS 23 Pallas ou une Mercedes Pagode ont un charme irrésistible malgré leurs 40 printemps. On assiste depuis quelques années à un retour en force de la voiture dite de collection, terme large qui définit une voiture de plus de 15 ans à caractère historique, allant d’une simple Mini de 1960 à une Lamborghini Miura en passant par une Peugeot 403.

Plaisir de posséder la voiture qui vous a fait rêver enfant, mode du vintage, passion de la mécanique, respect du patrimoine, conduite plus relax adaptée aux limitations de vitesses, les raisons de posséder une ancienne sont nombreuses. Pour certains amateurs fortunés, c’est un placement au même titre que l’art. Bonhams, l’une des plus ancienne maison britannique de vente aux enchères crée en 1793, a littéralement trusté le marché. Dingue de voiture, Robert Brook’s, expert automobile chez Sotheby’s dans années 90, a créé sa société et racheté Bonhams en 2001 pour devenir « La » référence aux yeux des collectionneurs avertis. À tel point que Christie’s et Sotheby’s ont jeté l’éponge en cessant toute activité liée à l’automobile. Chaque année, 25 ventes internationales sont organisées par Bonhams, dont les plus prestigieuses sont courues comme des événements mondains entre Gstaad, Paris (au salon Retromobile) Monaco, Pebble Beach en Californie et Goodwood en Angleterre.

En se plongeant dans les épais catalogues, l’amateur ne peut être que fasciné par la richesse de l’offre et la qualité des lots présentés. On trouve de tout de 10 000 € à plusieurs millions d’euros, de la belle Américaine à la sportive italienne, en passant par une modeste Coccinelle. Le montant des transactions « courantes » est un bon indicateur de confiance de la jet-set. L’an dernier à Gstaad, la vente exclusive de Ferrari à directement subi l’effet Madoff. La Ferrari 121 LM Spider Corsa de 1955 et la Ferrari 212 Export Spider de 1951, deux Stars issues de la collection privée du feu Antoine Midi, n’ont pas trouvé preneur au prix demandé. 2 404 000 € enchéris contre 3 millions attendus pour la première et 1 376 000 € pour la seconde espérée à 1 820 000 € minimum. Cette « relative » baisse des prix ne doit pas masquer l’intérêt grandissant pour la voiture de collection.

Mathieu Lamour, directeur département automobile Parisien de Bonhams, est optimiste : « Bonhams possède un fichier de 270 000 collectionneurs dans le monde qui effectue au moins une transaction tous les trois ans. C’est un chiffre en hausse et nous estimons le marché à un million de prospects de par le monde. Les nouveaux riches des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) commencent à s’intéresser à la voiture de collection. Ils sont de plus en plus calés et cela relance l’intérêt ». Le plus étonnant est que l’on découvre encore des modèles issus de collections privées. L’offre se renouvelle régulièrement. Cependant, le must pour un collectionneur reste la pièce unique « sortie de grange ». La voiture oubliée que l’on découvre, souvent à l’occasion d’un héritage, sous la poussière d’une grange abandonnée. Ainsi en février à Rétromobile, la vedette était une Bugatti 57 S Atalante coupé de 1937, découverte dans une ferme où elle dormait depuis 50 ans. Entièrement dans son jus, elle a été adjugée 3 417 500 euros, se rapprochant du record absolu à ce jour, 5,1 millions € en 2007 pour la plus ancienne Rolls-Royce encore roulante, une 10HP de 1904.€