Haro sur la marinière
L'année dernière, la marinière s'est imposée d'autorité, de Sandro à Chanel tous y sont passés. Nous y avons succombé, sentant nos épaules se rehausser de son pedigree en béton armé...On ne m'y reprendra plus, quoi de plus vulgaire que le trop répandu ? C'était il y a trois mois.
L'année
dernière, la marinière s'est imposée d'autorité, de Sandro à
Chanel tous y sont
passés. Nous y
avons succombé, sentant nos épaules se rehausser de son pedigree
en béton armé : tantôt Jean Seberg, parfois Béatrice Dalle, un peu de
Bardot et pourquoi pas Picasso. Mais le temps filant, le nombre des adeptes est
allé croissant. Et après une soirée au Ritz Bar, passée à éviter mes (douze)
rivales de rayures horizontales, j'ai dit : "Fini, ciao matelot, on plie".
On ne m'y reprendra plus, quoi de plus vulgaire que le trop répandu ? C'était
il y a trois mois.
Après une
soirée au Ritz Bar, passée à éviter mes (douze) rivales de rayures
horizontales, j'ai dit : "Fini, ciao matelot, on plie".
Mais, catastrophe nationale, j'ai replongé. Sec. Pas plus tard qu'hier.
Certes, ses parfaites épaules bouffantes la distinguent de toutes autres, et me
voilà sauvée par ce pas de côté. La schizophrénie me guette. J'enrage et la
chéris dans le même élan. Mon suivisme m'afflige, je fustige l'aliénation
marinière, et me console de ses lignes blanches sur fond noir (j'ai banni le
mot "rayure" de mon vocabulaire. Ne me hais pas Sonia R.). A ma
décharge, les collections printemps-été n'ont guère aidé. Après le raz-de-marée
de l'année passée, le filon était trop bon. Et nous, têtes baissées, on
persiste à se faire rouler par le rayé. Bien sûr, pour 2010, les griffes la
jouent lacérée, pailletée, rougie, élargie. Stop.
Si la trajectoire est parallèle au niveau de la mer, ça reste une marinière.
Ayant pris part à la moutonnerie générale, je m'octroie le droit de rappeler
que, loin d'être une prime à l'uniformité, le style est supposé être créateur
d'identité.
Illustration : Sophie Griotto
Emmanuelle Ducournau
13/06/2010