De la rue aux magazines, on pense vintage, on s’habille vintage, on se coiffe et on se maquille vintage ! Plus qu’une simple tendance, le vintage est une philosophie, voire une néo-religion. Ce qui la définit ? Une dualité entre nostalgie sécurisante et envie débordante d’authenticité.
À chaque époque, un leitmotiv. Le notre est, sans nul doute, celui de la course à la nouveauté. Mais à force d’innovations toujours plus conceptuelles (voire technologiques) les esprits s’échauffent, s’essoufflent et se savent plus sur quel pied danser. Car dans une société domptée par la crise, où la mode fait de l’œil, non pas, à trois ou quatre tendances par saisons, mais à des dizaines et pousse à toujours plus de consommation, un retour à des valeurs pérennes fait du bien.
Autrefois sujets aux railleries, le look de grand-maman est aujourd’hui l’apanage des modeuses les plus averties. Dans tous les quartiers des friperies fleurissent et deviennent les nouveaux lieux de cultes des modophiles en mal d’originalité. Les fashionistas s’improvisent antiquaires et chiner, leur activité principale. Pour Jean-Charles de
Castelbajac le vintage se défini « comme quelque chose qui a déjà été porté par des gens, qui a déjà été la coquille d’autres émotions, la coquille d’autres sensualités, d’autre vies ». Les bouloches et trous d’usures sont-ils donc démocratisés par l’empreinte d’une vie antérieure sous-jacente ?
Quoi qu’il en soit le phénomène touche de plus en plus de monde au grand dam des grandes enseignes, qui voient leurs clientes préférer les dépôts-ventes à leurs boutiques…
Du coup les marques de luxe surfent sur la tendance, en replongeant à leur tour dans leurs archives pour proposer des versions revival de leurs anciens best seller, à l’instar d’Agnès b, elle-même adepte des puces, qui n’hésite pas offrir des cures de jouvences audacieuses à ses modèles phares comme son blouson « fifre » créé en 1979… La boucle se boucle, les grandes marques entretiennent le phénomène qui fait la tendance. Résultats des courses ? Les rééditions n’ont jamais été aussi nombreuses : le sac
Bambou de
Gucci se teint d’une nouvelle robe pour l’anniversaire de la marque, le Lady
Dior est revisité par l’artiste Anselm Reyle, et
Chanel ressort son Boy.
Oui, le passé n’a jamais été si présent. Le vintage d’aujourd’hui est la modernité de demain, et inversement. Christian
Dior l’avait si joliment dit « mes meilleurs souvenirs, je ne les ai pas encore vécus, et mon passé est tout jeune, bien vivant. Et j’avoue que ce qui m’intéresse le plus en lui, c’est ce qu’il sera demain ». À méditer.