Rien ne parvient à les détrôner…Ni la créativité débridée des nouveaux talents de la place Vendôme, ni la vague de pierres dites fines, qui déferle depuis une dizaine d’années dans le sillage de Victoire de Castellane, n’ont détourné les joailliers des quatre précieuses : diamant, rubis, saphir, émeraude.
Une tradition d’autant plus respectée en temps de crise, lorsqu’il faut rassurer la clientèle. « Il y a indéniablement un effet de mode en faveur des « nouvelles » pierres précieuses, mais les anciennes restent « la valeur sûre », confirme Emmanuel Piat, vice-président de la commission Pierres de couleur de CIBJO (Confédération Internationale de la Bijouterie, Joaillerie). « Pour une bague de fiançailles, ou un événement important on préférera encore rester sur ces dernières », ajoute-t-il.
Des irremplaçables solitaires de Harry Winston aux nouveautés du créateur Philippe Tournaire, pourtant amateur d’une vaste palette de teintes : diamants, rubis et saphirs ne quittent pas le devant de la scène. En bague, boucles d’oreilles ou collier, les premiers ont souvent la vedette ou soulignent de leur éclat les suivants. Mais les pavages monochromes, scintillant de bleu, blanc ou rouge, font également leur effet chez
Boucheron, de Grisogono ou Messika Paris.
Car c’est bien la couleur qui explique le succès de ces gemmes à travers les siècles. « Initialement, elles ont été associées aux éléments constitutifs de notre environnement : air/diamant, terre/émeraude, feu/rubis, eau/saphir », commente Isabelle Reyjal, professeur à l’Institut National de Gemmologie. Un « symbolisme élémentaire » qui a permis jusqu’au XVIIIe siècle environ de regrouper sous la même dénomination des pierres de couleur proche ou semblable, comme les spinelles rouges surnommés rubis balais, les cordiérites dites saphirs d’eau, ou les « émeraudes orientales » ou corindons verts.
Autant de confusions clarifiées par les décrets de 1968 puis 2002 - ce dernier impose le terme gemmes pour désigner pierres précieuses et fines - et par les découvertes scientifiques qui ont parfois contredit l’Histoire : le fameux « Rubis du Prince Noir » qui orne la couronne d’Angleterre n’est autre qu’un magnifique spinelle de 170 carats !