La couleur, surtout en hiver, est une affirmation. Le choix de ne pas faire corps avec le décor. Ci-git la discrétion - qui s'en plaindra ? L'été, qui fut franchement color block, a vu s'affronter deux à trois couleurs flashy sur une même tenue. Cette saison, le monochrome domine. La même teinte, franche, unifie la silhouette. Deux attitudes se distinguent : minimalisme et maximalisme.
Less is More...
La couleur est un acteur à part entière, inutile de trop en faire. Voici le postulat de l'école minimale. Des lignes simples, pour valoriser la teinte. Bien sûr l'épure de la coupe n'exclue pas l'innovation. La preuve par Jil Sander : Raf Simons pose son rose profond sur une tunique matelassée. Forme et couleur se servent l'une l'autre, l'équilibre est parfait. Comme sur ce manteau bleu iris, aux manches 3/4 amples et aux arrondis subtils. Chez Costume National, rien ne doit distraire du jaune. La jambe est droite, la veste stricte. Une ascèse que l'on retrouve chez Alberta Ferretti : la coupe sixties classique du manteau prend appui sur un bleu canard (criard ?). Stella McCartney, elle, fait miroiter le bleu nuit sur une panne de velours. Les lignes de la robe sont appuyées sur les courbes du corps, celles du tailleur prennent à l'inverse de l'ampleur. Ce sera leur seule extravagance. Pour ne pas faire d'ombre à la couleur.
... vs. More is More
La seconde école est maximaliste. Quitte à flasher en monochrome coloré, autant y aller. Chez
Gucci, le vert émeraude dénude la jambe, offre une épaule et enserre le cou. Drapé, nœud, fluidité, asymétrie... nulle économie ici. La couleur a ouvert les vannes, la féminité s'y engouffre avec légèreté. Pas de restriction. Des ensembles jaune et fuchsia jouent de la transparence sur jambes nues et ajoutent des fleurs au corsage. Chez Diane von Furstenberg, le rouge est pailleté et le bleu multiplie les couches. Chez
Lanvin, Alber Elbaz amplifie les volumes, dans un excès parfaitement maîtrisé. Aubergine,
orange, rose et jaune se déploient, faisant défiler des fleurs aux longues jambes. Avec cette idée : quand il s'agit d'inventer la femme, on n'en fait jamais assez.