L’Eclaireur L’Œil de la mode
Le créateur de l’Eclaireur, Armand Hadida, célèbre cette année les 30 ans de ses cinq boutiques où mode et design se côtoient dans une scénographie étudiée. Il nous parle de la mode d'aujourd'hui et de demain.
Vous déclariez récemment ne pas courir les défilés, qui selon vous "tuent le génie créatif". Y-a-t-il des exceptions qui confirment la règle ?
Les exceptions concernent selon moi ces maisons qui ne vendent pas leur âme au diable. Celles qui - à l'instar de Comme des Garçons, Junya Watanabe ou Carol Christian Poell - privilégient les défilés intègres, intelligents et réservés aux petits comités.
La tendance aux défilés spectacles s'atténue. En Couture comme en PAP, on privilégie les présentations plus intimes. Qu'en pensez-vous ?
Ces designers sont courageux et démontrent qu'on peut dire les choses sans crier fort. Pas besoin de people ni de stars du rap, ces gens là n'apportent aucune visibilité. Oubliés les feux d'artifices, il faut présenter des talents, un point c'est tout !
Si vous fuyez les podiums, fréquentez-vous les salons ?
Absolument. Ces rassemblements sont de véritables carrefours de rencontres et de communication. En plus de réunir tous les professionnels sur un même espace, les salons permettent à tous de gagner du temps. Précieux quand on travaille dans la mode. Mon préféré : le salon du Tranoï, au Carrousel du Louvre. Il est organisé par mon fils... Michael.
Justement, votre moitié Martine travaille aussi dans le milieu de la mode, à vos côtés cette fois-ci. Que vous apporte-t-elle ?
En plus d'être un vrai bonheur au quotidien - ce n'est pas donné à tout le monde de prendre autant de plaisir, depuis 35 ans, à collaborer en duo - Martine m'apporte toute sa sensibilité de femme. C'est d'ailleurs elle qui s'occupe intégralement des collections féminines.
Comment voyez-vous la mode ces six prochains mois ?
Sans donner de nom (je trouve ça réducteur), je suis avec attention l'école anglaise, très prometteuse. Si les Japonais et les Belges ont fait leur preuve, les italiens - un peu trop conservateurs à mon goût - s'essoufflent un peu... Plus que tout, j'espère que la mode évoluera grâce à des consommateurs toujours plus curieux, matures et inventifs. A l'image de la rue, les clients d'aujourd'hui savent brasser les genres. J'espère qu'ils continueront....
"On peut dire les
choses sans crier fort… Pas besoin de people ni de feux d’artifices, il faut présenter des talents, un point c’est
tout !"
Julie André
18/10/2010