Solitaires dans leurs ateliers aux allures de capharnaüm, les artistes ne sont pourtant jamais vraiment seuls. Dans l’obscurité, telle une ombre chinoise ondulante, souvent se cache une femme. La femme. Celle qui les inspire, les protège et les accompagne. Certaines d’entres-elles ne sont là que de passage, le temps d’une esquisse, d’une photographie. Puis, un ange passe et l’esprit vagabond s’acoquine d’une nouvelle silhouette, souvent plus juvénile. D’autres se font passer la bague au doigt ou restent la muse éternelle, pour finalement s’inscrire comme une empreinte indélébile dans l’œuvre du créateur.
Parmi elles, on retrouve les femmes fatales des années 40 à 60. Une Audrey Hepburn chiccissime pour
Givenchy ou une Dora Maar qui inspire tour à tour George Bataille et Man Ray, avant de faire chavirer le cœur de pierre de Pablo Picasso. Parallèlement Helena Diakonova, plus connue sous le nom de Gala, s’entiche d’Éluard avec qui elle se marrie, pour finalement troquer les poèmes de ce dernier contre les toiles de Dali. En plus de subjuguer les hommes, la mode se laisse également charmer par ses femmes d’exception, à l’instar d’Hermès, qui dès 1956 baptise son sac best-seller « Kelly » en hommage à la muse d’Hitchcock ou encore du nom de celle à l’homme à la tête de choux, la non moins célèbre Jane Birkin.
Le temps passe, les femmes évoluent et s’émancipent. Les années 80 viennent chambouler les codes de la beauté et soudain, une nouvelle ère voit le jour. Plus que de simples muses cantonnées à un couple exclusif, les femmes influencent un mouvement qui les intronise icônes vivantes. Le culte de la perfection entache la recherche spirituelle par l’expansion des médias, tandis que les outils informatiques ne tardent pas à fausser le naturel cher au charme féminin faisant des tops modèles des trophées convoités. Toujours plus grandes, plus sylphides et parfaites, Cindy Crawford, Claudia Schiffer ou encore Naomi Campbell signent le règne des tops modèles, prémices des égéries stars.
Qu’en est-il aujourd’hui ? Les créateurs et les artistes semblent être en quête de différences et d’authenticité à tout prix. Pendant que les réalisateurs de cinéma stipulent aux casteurs de rechercher des actrices n’ayant pas succombé à la chirurgie esthétique, d’autre hissent l’atypique en leitmotiv. La rockeuse à la tête rasée Alice Dellal devient la muse de Karl Lagerfeld le temps d’une saison, tandis que Beth Ditto ou Valérie Lemercier défilent pour Jean Paul Gaultier.
Comme si l’inspiration avait besoin d’être incarnée, les muses d’antan et les égéries actuelles ont ce « je-ne-sais-quoi » qui fascine et attire. Du mystère en intraveineuse et un univers à revendre, les femmes n’ont pas fini de gouverner le monde. Si vous cherchez toujours la vôtre, suivez le conseil de Francis Ford Copolla « si tu t’assieds chaque jour à ton bureau, ta muse saura te trouver ». A méditer.