Yacht Jeff Koons
« Une horreur », crient les puristes, « un chef-d’œuvre ! » répondent les autres. On aime ou on déteste, mais le yacht du milliardaire Dakis Joannou, peint par Jeff Koons ne laisse pas indifférent. Tout comme les œuvres de l’artiste américain. Visite d’un navire hors du commun.
Son premier bateau s’appelait « Protect me from what I want » (Protège moi de ce que je veux). Apparemment la prière de Dakis Joannou, le milliardaire grec, magnat de l’immobilier, n’a pas été exaucée. Cédant à la tentation, ce collectionneur d’art contemporain a demandé à l’artiste américain Jeff Koons d’imaginer son nouveau yacht, au nom évocateur : « Guilty ». « Coupable », donc, apparait comme un mirage dans la mer Egée. Jeff Koons s’est en effet inspiré des peintures « Razzle Dazzle », une sorte de camouflage ultra coloré, utilisées pendant la première guerre mondiale par la marine britannique. Cette technique devait semer la confusion et dérouter l’œil ennemi. Les rayures en diagonales, les lignes pyramidales et les points de couleurs « ben-day » évoquent aussi les peintures de Roy Lichtenstein. Lui aussi avait peint la coque d’un voilier ayant participé à l’America’s cup en 1995. Une affiliation confirmée par Jeff Koons, qui « adore le jaune éclatant » de son aîné.
Architecture d’intérieur
L’agencement du yacht a été conçu par Ivana Porfiri. Cette architecte italienne, avec déjà douze bateaux à son actif, réalise les rêves les plus fous des propriétaires exigeants. Avec Jeff Koons, ils ont pensé « Guilty » comme un loft new-yorkais : une grande pièce blanche aux murs de verre sur le pont intermédiaire, une chambre à coucher avec une terrasse offrant une vue panoramique sur le pont supérieur, et des œuvres d’art dans chaque pièce. Normal que l’œuvre de Sarah Morris, elle aussi baptisée Guilty, trouve sa place au-dessus du lit d’une des cinq chambres de ce navire d’exception. On trouve aussi des œuvres de Martin Creed, de Nicholas Serota, Jeffrey Deitch et les vidéos provocantes de l’artiste suédoise Nathalie Djuberg. Ce véritable musée flottant est à l’image de Jeff Koons : subversif, ostentatoire, mais toujours impressionnant. L’artiste - le plus cher au monde de son vivant - qui a osé investir le château de Versailles avec son homard géant, fait à nouveau parler de lui.
http://www.jeffkoons.com/
19/03/2010