Imprimé débridé
Décomplexé, l'imprimé investit les vestiaires masculins cet été. L'homme 2011 ne se cantonnera plus à l'uni, tenez-vous le pour dit.
Givenchy par Ricardo Tisci
Panache fantasque
Un grand pas pour l'humanité, l'homme s'autorise enfin l'imprimé. Fantaisie de surcroît. Avec un cran certain, et sans demi-mesure. Chez
Gucci, pas farouche, il ose la chemise à étriers - motif d'ordinaire plus familier des foulards en soie de madame. Il dégrafe même un second bouton. L'homme Jean Paul Gaultier, avec le style psychédélique d'un chanteur folk, lève ses inhibitions en se parant d'étoiles filantes. Et dans la même veine bohème, Sarah Burton a pensé pour Alexander McQueen un voyageur avide d'imprimés japonisants, en pantalon écarlate ou veste de soie noire. Chez Jil Sander, Raf Simons opte pour des fleurs toutes en couleurs. Tantôt une seule,
orange, plaquée sur le flanc, tantôt en bouquet dense et bariolé. Une nouvelle idée de la virilité.
Tache d'encre
L'imprimé version Dries Van Noten est l'apanage des mauvais écoliers. Ceux qui se retrouvent au milieu d'une bataille d'encriers, après l'avoir sans doute initiée. La chemise blanche s'en trouve
maculée, et l'insolent garde les taches en trophée. Le motif ici, pourtant éminemment présent, ressemble à un accident. Chez
Kenzo, la tâche est aussi d'encre mais figure une pervenche, posée sur le côté d'un bermuda ou d'un costume. Là, l'accident est prémédité. Et l'imprimé se pare d'onirisme.
Panoplie
Poussé à l'extrême, l'imprimé se décline sur toute la silhouette, donnant au costume une vigueur nouvelle. Lucas Ossendrijver réinvente pour
Lanvin les codes du chic masculin. Outre son épaule arrondie, ce complet à l'imprimé quasi tapissier affiche une allure faite d'audace et d'assurance. Avis de rayures chez
Calvin Klein, dont le costume strie le corps de part en part. Les traits forment des carreaux
inédits et hasardeux de l'épaule au genou, en ceignant la taille. Pour
Givenchy, Ricardo Tisci transmute le costume en une bombe féline. L'imprimé panthère, qui s'étend de la veste au pantalon, n'épargne pas la chemise. L'habit ainsi métamorphosé - malgré une ligne stricte et impeccable - révèle une animalité qu'on ne lui soupçonnait pas. Interloquante à souhait.
Fleurs, étoiles, tâches d’encre et autres motifs léopard s’impriment avec force dans les collections hommes printemps-été 2011, fini l’austérité !
Emmanuelle Ducournau
01/03/2011