La chaussure a la peau dure
Dernière tendance du vestiaire masculin cet hiver ? Porter les chaussures des « working class » avec un costume. Tout réside dans l’art et la manière de les accommoder avec style.
Des chantiers aux moquettes des bureaux, il n’y a qu’un pas ? La preuve avec l’arrivée en force des chaussures empruntées aux « working class » dans les vestiaires masculins cet hiver. Repérées aussi sur les podiums des créateurs de mode masculine, elles viennent encanailler les dresscode chic. Décryptage et leçon de style de ce nouveau must hivernal.
Les pure players
La marque américaine Red Wing a fait une entrée remarquée à la City de Londres. Les traders ont adopté ces chaussures de durs à la tâche des forêts et autres usines du Minnesota. De beaux tanks en cuir - portés par les soldats US en 1914 -, qui restent malgré tout élégants à vos pieds. Modèles phares en ville : « Moc Toe » ou « Beckman », nez relevé et cuirs gras, superbe !
Dans le genre rustique, Timberland réédite ses premiers modèles « Abington », lesquels pataugent dans la neige avec allégresse mais foulent aussi les moquettes avec style. Bien aussi, la Cherry Red Pebble, en cuir grainé rouge, lancée pour le cinquantenaire de Doc Marten’s, que l’on recommande avec un costume brun pour socialiser. La variante frenchie ? Le croquenot « Tricounis » en cuir fauve chez Aigle, avec sa cheville de velours et du cran sous la semelle. Dans une version italo-chic, Tod’s présente une chaussure souple montante en veau velours, avec crochets et œilletons d’acier où passe un épais lacet rouge.
En version créateur
Ces pompes rocs (and roll) ont également inspiré les stylistes, Anglais en tête. Paul Smith institue le look
macho, avec un godillot ultra vieilli au cuir épais qu’on lace sur crochet. On l’adoucit de vestes et de pantalons écossais prune ou rouge. Quant à Gareth Pugh, il bride et cloute ses bottes de motard qu’il combine à des parkas de cuirs. En dessinant ses grosses chaussures, John Galliano propose de les styliser de costumes de traders "bespoke" (sur mesure), mais le pantalon est coupé à la cheville pour mieux les exhiber.
Leçon de style
En ville, évitons surtout d’avoir l’air d’un bûcheron en suivant Kriss Van Assche, qui contrebalance ses énormes bottes de pompier avec un pull crème douillet. Chez
Dior Homme, ce sera un costume - chemise - cravate impeccablement business, assorti de godillots qui n’ont jamais vu un chantier mais en auront tout l’air. Si Louis Vuitton crochète haut les pieds masculins, il les assortit d’une veste grise classique et des
gants en cuir dandy.
Pour accentuer la silhouette citadine, on joue aussi le pantalon en laine chinée un rien mou (Armani,
Lanvin,
Kenzo), suffisamment large pour englober une chaussure costaude. Le petit pull framboise - sous le veston histoire de gommer l’impression brute du gros soulier - est une bonne idée à piquer à Hermès. Voilà votre nouvelle attitude de l’hiver à mettre en chantier.
En ville, évitons d’avoir l’air d’un bûcheron en jouant sur les contrastes
Aigle
Elisa Morère
24/11/2010